7 novembre 2013

Critique: Frontières

Une histoire d'espoir et de remords que ce Frontières que présente la Bordée ? Peut-être un peu.  Mais aussi une pièce sur l'amour et les choix que l'on fait par amour. 

Par Robert Boisclair

Une mère et son fils fuient la terre natale sud-américaine en quête de l'eldorado américain.  Du toit du train sur lequel ils tentent de grimper, la chute de la mère force l'adolescent à prendre une décision cruciale:  quitter sa mère et l'abandonner à son sort ou rester avec elle et abandonner tout espoir de rejoindre l'eldorado.

L'auteur, Isabelle Hubert, et le metteur en scène, Sébastien Ouellette, proposent les deux options.  L'adolescent qui reste, première partie de la pièce, et l'adolescent qui poursuit son chemin et abandonne sa mère, deuxième partie après l'entracte.  L'espoir et le remord.  Deux histoires.  Deux facettes.  Deux destins.

L'aventure que nous propose Hubert et Ouellette est un conte humain fait de rencontres, de soutien, d'abandons, de tricheries, de mensonges mais, aussi, et surtout d'amour, de questionnements, d'espoirs et de remords.

Il y a beaucoup d'amour dans ce Frontières.  Il est filial d'abord.  Mais il prend également les traits de l'amour entre un homme et une femme, de la fidélité à soi et aux autres ou du coup de main donné à autrui sans autre attente qu'un sourire ou un merci.  C'est, peut-être, la plus grande qualité de ce spectacle.  Pas qu'il en soit dénué autrement. Mais, ce Frontières, je l'ai reçu comme une grande bouffée d'amour.

Cette histoire qui se dédouble, bien qu'intéressante, est un peu trop longue.  Parfois, l'histoire s'étire un peu trop.  Un léger resserrement dans le texte aurait permis à la fois de réduire la durée (2h 40 environ) et d'atténuer quelques temps morts.

La mise en scène de Sébastien Ouellette, dynamique, utilise fort bien le décor minimaliste.  Décor, qui permet, de passer d'un lieu à l'autre très rapidement.  Il s'agit d'un simple mur percé en quelques endroits qui permet de le transformer en infirmerie, en lieu public, en train ou en désert.

La distribution se tire fort bien d'affaires dans l'interprétation des multiples personnages que l'histoire leur impose.  Ils passent rapidement d'un personnage à l'autre, parfois dans la même scène, sans faux-pas.  De bonnes performances en général.  Sauf, peut-être, d'une légère surdose de comique dans l'interprétation de la riche américaine. Cela était superflu et n'ajoutait rien à la situation du moment.

Hubert, avec ce double dénouement, nous entraîne dans une histoire fascinante, qui interpelle le spectateur.  Quel choix aurais-je fait ?  Est-ce que j'aime suffisamment pour faire le bon choix ?  Quel est le bon choix ?  Y a-t-il un bon choix ?  Hubert n'a aucun parti pris et c'est tant mieux.  On peut se faire sa propre idée.  Mais le peut-on vraiment ?

À la Bordée jusqu'au 30 novembre.  Avec Nancy Bernier, Joëlle Bond, Chantal Dupuis, Christian Essiambre, Hugues Frenette, Christian Michaud et Patrick Ouellet.  Un texte d'Isabelle Hubert.  Une mise en scène de Jean-Sébastien Ouellette. 

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