14 novembre 2013

Les Prix de la critique - Montréal, Jeunes publics et Hors Québec

Hier, vous avez découvert les récipiendaires pour Québec, aujourd'hui c'est au tour des récipiendaires de Montréal, du théâtre jeunes publics et des spectacles hors Québec de se faire connaître.

Par Robert Boisclair

Dans la catégorie « Spectacle - Montréal »:
LE ISHOW, de Sarah Berthiaume, Édith Patenaude et Gilles Poulin-Denis, dans une mise en scène de Maxime Carbonneau, Philippe Cyr et Laurence Dauphinais, une production des Petites Cellules Chaudes.
Les créateurs de ce spectacle à la forme éclatée, qui tente de capter l’humanité à travers le filtre des interactions virtuelles, ont su épouser le langage web pour lui donner une incarnation théâtrale efficace. Se mettant eux-mêmes en scène, parfois même en danger, les acteurs exposent de manière fracassante le désespoir sexuel et la banalité de nos existences telles qu’elles se déploient en ligne, tout en arrivant à les transcender et à aménager des espaces d’espérance devant les possibilités du web social. Ce spectacle, porteur d’une réflexion fertile, ne quitte plus nos esprits.

Dans la catégorie « Mise en scène - Montréal » :
CATHERINE VIDAL, pour Des couteaux dans les poules, de David Harrower, traduit par Jérôme Hankins, une production du Groupe de la Veillée.
Pour donner vie à cette histoire sombre qui expose le caractère subversif du savoir dans une société désœuvrée, Catherine Vidal a orchestré un théâtre total dans lequel chaque élément scénique était parfaitement maitrisé, de la spatialisation des corps jusqu’à l’utilisation inventive d’une petite quantité d’accessoires. Sa mise en scène proposait une suite inspirée de tableaux vivants, formant un sublime accompagnement poétique à l’écriture hachurée de David Harrower et l’inscrivant dans une temporalité particulière.

Dans la catégorie « Texte original - Montréal » :
CINQ VISAGES POUR CAMILLE BRUNELLE, de Guillaume Corbeil, publié chez Leméac et produit par le Théâtre PÀP.
Ce texte aborde des phénomènes incontournables de notre époque : la mise en scène de soi et la mise en relief de son extimité sur les réseaux sociaux, sans les confiner à la sphère web et en montrant bien leur inscription dans la nature profonde de l’humain. Pour cette raison, et pour la structure implacable de cette écriture postdramatique qui théâtralise le langage virtuel, la pièce de Guillaume Corbeil nous apparaît indéniablement comme un texte important de la dramaturgie québécoise récente.

Dans la catégorie « Jeunes publics » :
2h14, de David Paquet, dans une mise en scène de Claude Poissant, une production des Créations Ad Vitam.
Abordant un sujet difficile, les conséquences d’une fusillade en milieu scolaire, cette pièce de David Paquet évite tout moralisme et tout dogmatisme en ne tentant pas d’expliquer l’inexplicable. Explorant avec nuances et délicatesses l’onde de choc causée par le drame, le spectacle propose de parcourir l’âme adolescente avec beaucoup de respect, sans jamais la réduire aux clichés usuels. La mise en scène, physique et imagée, est portée par un souffle puissant.

Dans la catégorie « Hors Québec » :
CONTE D’AMOUR, d’Anders Carlsson, dans une mise en scène de Markus Öhrn, une coproduction des compagnies Institutet et Nya Rampen (Suède et Allemagne) présentée au Festival TransAmériques.
Ce spectacle dérangeant et hors-norme, qui a divisé la critique et les spectateurs, nous a plongés dans de profondes méditations, agissant autant sur le territoire moral que social. Tout en soulevant le tabou entourant l’inceste et la pédophilie, la pièce expose le patriarcat dans lequel sont toujours plongées les sociétés occidentales. Grâce à une double distanciation, par la vidéo et par un jeu d’acteur volontairement exagéré, la réflexion est portée à un niveau supérieur et ne s’appuie jamais sur le pathos ou sur la bien-pensance. Un spectacle d’une rare intelligence.

Dans la catégorie « Interprétation féminine - Montréal » :
JULIETTE PLUMECOCQ-MECH et MARIE-ARMELLE DEGUY, pour leurs rôles dans Quartett, de Heiner Müller, traduit par Jean Jourdheuil et Heinz Schwarzinger, dans une mise en scène de Florent Siaud, une production de la compagnie Les songes turbulents.
Jouant sur l’ambiguïté des genres, ces deux actrices exceptionnelles ont su rendre visibles différents états de corps, mettant en lumière le déchirement sexuel qui habite les personnages du Vicomte de Valmont et de la Marquise de Merteuil. Leur complicité apparente, mais surtout la circulation des énergies entre elles, leur constance et leur immense savoir-faire, ont grandement contribué à la réussite de spectacle impeccable.

Dans la catégorie « Interprétation masculine - Montréal » :
MANI SOLEYMANLOU, pour son rôle dans Un, de Mani Soleymanlou, dans une mise en scène de Mani Soleymanlou et Alice Ronfard, une production de la compagnie Orange Noyée.
En jouant son propre rôle, dans une urgence et une authenticité remarquables, Mani Soleymanlou a donné dans ce spectacle un nouveau relief à un genre, le solo autofictionnel, en l’appuyant sur une variété de tons et de rythmes. Jouant habilement de complicité avec son public, tout en n’hésitant pas à le confronter à l’occasion, il a convaincu de l’importance de sa quête, dans laquelle il a magnifiquement su impliquer le spectateur.

Bon théâtre et bonne danse !

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