3 décembre 2013

Théâtre jeune public: Trois questions à... Patrice Charbonneau-Brunelle

Trois questions à... est une série qui permet de découvrir, en trois questions, des spectacles d'artistes et d'artisans du théâtre et de la danse qui aiment leur métier et le pratique au quotidien.

Par Robert Boisclair

Patrice Charbonneau-Brunelle est le scénographe de la pièce Un château sur le dos présentée aux Gros Becs du 3 au 8 décembre.  Les Enfants du paradis lui posent trois questions au sujet de ce spectacle.

1) Les Enfants du paradis: Pour Patrice Charbonneau-Brunelle, en quoi consiste le métier de scénographe ?

Patrice Charbonneau-Brunelle: On m’a déjà dit qu’une scénographie se devait d’être une œuvre incomplète par elle-même car tout comme le texte, le jeu, la mise en scène et même le public, elle n’est complétée qu’une fois présente dans la production théâtrale.

Une scénographie est pour moi le parcours physique d’une pièce. C’est une mise en espace qui évolue par les corps, les mots et la lumière qui l’habitent. La conception des décors, costumes et accessoires d’un spectacle a une importance dramaturgique car elle joue beaucoup sur le sens donné par le contexte que le scénographe propose. L’image ne voyage-t-elle pas plus vite que le son?

Par les codes sociaux, historiques ainsi que l’accumulation apprise des conventions théâtrales,  la proposition scénographique tisse les premiers liens entre ce que le spectateur connait et ce qui lui est raconté.

L’esthétisme choisi, communique aussi avec l’inconscient des spectateurs par l’abstraction de la couleur, des dimensions et des formes. Selon moi nous tenons trop rarement compte de la portée subliminale de ce que nous voyons.

2) Les Enfants du paradis: Comment êtes-vous devenu scénographe pour Un château sur le dos ?

Patrice Charbonneau-Brunelle
: J’ai eu le plaisir de rencontrer la metteure en scène, Marie-Eve Huot, à l’école nationale de Théâtre du Canada ou nous avons tout les deux étudié. Dès notre sortie elle m’a invité à participer à la première création de sa compagnie, le Cabaret au Bazar. Je crois que nous avons tout les deux compris que notre approche et nos questionnements sur le théâtre étaient parfois similaires, parfois complémentaires et qu’au bout du compte ça marchait très bien. Je pense donc que c’est pour continuer cette collaboration artistique qu’elle m’a invité à participer à cette seconde production.

3) Les Enfants du paradis:  Comment avez-vous traduit l'imaginaire, l'espace d'Un château sur le dos sur scène ?

Patrice Charbonneau-Brunelle: La conception d’Un château sur le dos s’est faite sur une longue période de rencontres, de discussions, d’échange d’images et de laboratoires de création sur la lumière et l’ombre. Le résultat est donc le produit de désirs, de découvertes et d’instinct.  Comme la pièce parle de la guerre et de la guerre vue et comprise par les enfants nous avons pensé utiliser la notion de jeu d’enfants. L’espace représente donc pour moi un no man’s land que la guerre à rendu désertique et ou les personnages de Minodique et Cassabon reproduisent le monde qu’ils connaissent à l’aide des débris qui s’y retrouvent : morceaux de bois, morceaux de ferraille, outils de tisserand laissés là. Nous avons ainsi codifié les deux camps par la matière : celui de Trémendiata par le métal et celui d’Ambauchois par la laine.

Il était important pour Marie-Eve de garder cet espace à la fois épuré tout en gardant une impression de grandeur opératique. Les trois écrans et les deux ‘trottoirs’ nous ont donc permis de respecter cette demande tout en fournissant une grande flexibilité narrative. Nous avons beaucoup misé sur le ludisme et la subjectivité trompeuse des ombres pour habiter l’espace.


Bon théâtre et bonne danse !

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