22 janvier 2014

Critique: Ventre

Ventre, c'est un voyage au coeur de l'amour, une pièce sur le deuil de l'autre qui vit à dix minutes de chez-soi et qu'on ne réussit pas à oublier.  Ventre, est un merveilleux poème sur l'amour.

Par Robert Boisclair

Une femme seule au milieu d'un immense capharnaüm, l'appartement d'un homme écorché par la trahison de cette femme.  Elle est en attente, en réflexion.  Elle défonce la porte.  L'homme émerge. La discussion s'amorce.  Elle veut retrouver cet homme qu'elle a cocufié.

L'amour.  Le grand amour est au centre de ce spectacle.  Ventre est un merveilleux cri d'amour et redonne sa juste place à l'amour.  Dans une société où l'amour, sous toutes ses formes, est évacué, tassé, malmené.  L'amour dans la vingtaine.  Mais l'amour à tous les âges aussi.  Ventre est une des plus belles leçons d'amour auquel j'ai assisté. Oui, elle a chuté.  Oui, elle se cherchait.  Mais, elle aimait.  Et elle aime toujours. L'amour n'est pas un parcours sans faute.  Parfois, on se trompe.  Et on regrette.  Et on aime encore.  Sûrement plus fort dans son cas.

Le texte porte merveilleusement l'amour.  Poétique.  Avec de belles images.  Parfois, un peu tarabiscoté.  Parfois un peut cérébral et distancié.  Mais le texte va droit au coeur de la question de l'amour.  Les nombreuses déclinaisons du besoin de retrouver cet amour qu'elle a perdu y sont toutes.

L'amour passe par la chair souvent.  Les mains, le ventre, d'où le titre de la pièce, le toucher, le regard.  Le discours des mains, baladeuses ou non, est absolument magnifique.  Je n'ai plus vingt ans, ni même trente ans, mais le discours des mains vient chercher même le plus froid des spectateurs.  Ce sont les petits gestes qui expriment parfaitement l'amour.  Pas les grands éclats.  Pas les sparages.

Steve Gagnon, l'auteur et interprète masculin, a écrit ce texte.  Magnifique.  Seul ombre au tableau, un dénouement qui se conclut un peu trop abruptement.  Mais qui n'empêche pas de l'apprécier.  Le texte donne une grande place à l'interprète féminine. Marie-Soleil Dion, la femme adultère repentante est extraordinaire dans un rôle pas facile.  Dans ce duo, elle porte la pièce sur ses épaules. Une interprétation toute en nuances.  Dans ce personnage qui se bat pour son amour, elle déploie son talent non seulement dans toutes les nuances possibles mais elle embrasse toutes les émotions avec une grande justesse.

Une scénographie simple.  Un bain.  Un mur.  Une porte déglinguée.  Un sol jonché d'objets du quotidien.  L'appartement est vide.  Comme il est vide de celle qu'il aime toujours malgré la trahison. Un peu de fumée.  Une scénographie qui laisse toute la place au texte.  Et c'est tant mieux car c'est ce qui fait la force de ce spectacle.  La simplicité.  Et l'intimité.  Le spectateur se retrouve au coeur même de l'appartement. Pourtant la disposition de la salle est la disposition habituelle.  Mais le spectateur se sent partie prenante du spectacle.  Comme s'il était dans l'appartement de cet homme et qu'il vivait cette tentative de reconquête.  Rarement ai-je vu une salle aussi silencieuse et attentive.  Pari réussi pour Denis Bernard d'impliquer le spectateur dans ce spectacle.

Le metteur en scène disait en entrevue qu'il souhaitait aux comédiens le bonheur de rejouer la pièce alors qu'ils auront 50 ans.  Il a raison.  Cette pièce devrait même être rejouée au moins une fois par décennie.  Nous pourrions alors redécouvrir le vrai sens, le sens profond de l'amour.  Peu importe les époques ou les générations, l'amour n'occupe pas toujours la place qu'il devrait dans notre vie, dans notre tête, dans notre corps et dans notre ventre.  Ventre remet les pendules à l'heure.  Une fois par décennie, ce n'est pas trop.

Ventre n'est pas un spectacle sans défaut, si peu le sont d'ailleurs, mais il remet l'amour au goût du jour.  D'une douceur enveloppante, le spectacle amène le spectateur dans le dédale de l'amour.  Pas toujours facile cet amour, d'ailleurs.  Marie-soleil Dion y est sublime, le texte est magnifique, la scénographie et la mise en scène transportent discrètement et en douceur le spectateur dans le merveilleux univers de l'amour.  Que demander de plus ?

À Premier acte jusqu'au 1e février. Avec Steve Gagnon et Marie-Soleil Dion.  Une mise en scène de Denis Bernard.  Un texte de Steve Gagnon.

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant notre interview avec Denis Bernard, le metteur en scène (au tout début de l'émission du 20 janvier).

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