8 janvier 2014

Théâtre: Trois questions à... Alexis Martin

Trois questions à... est une série qui permet de découvrir, en trois questions, des spectacles d'artistes et d'artisans du théâtre et de la danse qui aiment leur métier et le pratique au quotidien.

Par Robert Boisclair

Comédien, metteur en scène, auteur et scénariste et metteur en scène, Alexis Martin travaille depuis près de vingt-cinq ans dans le domaine artistique québécois.  Il est co-auteur et co-idéateur du spectacle Viande à chien que présentera le Périscope du 14 janvier au 1e février.  Les Enfants du paradis lui posent trois questions au sujet de ce spectacle.

1) Les Enfants du paradis: Pourquoi une pièce sur Séraphin Poudrier et son univers en 2014 ?

Alexis Martin: Un homme et son péché, le roman – car c’est le roman qui nous intéresse ici essentiellement – est un pamphlet anticapitaliste ! C.H. Grignon, l’auteur, fût aussi un pamphlétaire redouté au Québec, il pondait des articles véhéments sous le nom de plume de Valdombre.

Aujourd’hui, la crise du capitalisme ne fait plus vraiment de doute, même chez les tenants du néo-libéralisme : comment concilier ce système de la libre entreprise avec une période de décroissance démographique, industrielle et écologique. Il ne s’agit pas diaboliser qui que ce soit, mais de comprendre que le système ne marche plus aussi bien qu’avant et que la croissance des inégalités est la négation même des promesses du capital depuis cinq siècles : la richesse des uns rejaillira sur tous… on comprend de plus en plus qu’on s’éloigne de cette utopie néo libérale.

Ainsi, la pièce Viande à chien tente de réactualiser la  critique implicite dans l’œuvre de Grignon : qu’est-ce qui dans l’or fascine tant l’avare ? En quoi l’être humain (ne sommes pas tous des Séraphins en puissance, sinon en essence ???) veut se rassurer en accumulant toujours plus. Se prémunir contre l’échéance ultime ? Quand la société n’a plus de projet porteur, vivifiant à proposer à sa population, quand certains idéaux sont morts, il ne reste que… l’argent ?

2) Les Enfants du paradis: Que ferait Séraphin Poudrier en 2014 ?

Alexis Martin
: Oh je crois que Séraphin existe en 2014 ! On en voit de colossaux exemples autour de nous ! Je pense que Séraphin dirigerait une ville de moyenne importance au Québec, se serait servi de son influence comme maire pour avancer ses propres intérêts, aurait accumulé une fortune colossale en Suisse ou aux îles Caïman (qui ne lui servirait à rien, somme toute). Parce somme toute, Séraphin est un être irrationnel, totalement irrationnel sous ses guises de savant calculateur.

3) Les Enfants du paradis:  Une pièce inspirée du roman, des films ou des séries télé ?

Alexis Martin: Nous avons suivi (les quatre concepteurs) du fil du roman, de façon assez fidèle : nous avons respecter la chronologie des chapitres, les enjeux proposés par les chapitres du roman. Ça n’a rien à voir avec les séries télévisées ou les films produits à partir du roman d’origine ! Il y a très peu de personnages dans le roman ; nous les avons gardé, en les transformant pour les mettre de plain-pied avec notre réalité. Il y a une translation temporelle, mais pas au plan des enjeux fondamentaux.

Bon théâtre et bonne danse !

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