12 février 2014

Critique: Détour de chant

Détour de chant, c'est Réjean Ducharme à la puissance trois, littérature, art visuel et théâtre, dans des environnements musical et visuel qui collent merveilleusement aux trois univers ducharmiens.

Par Robert Boisclair

Comme le dit le metteur en scène Jean-Sébatien Ouellette dans son mot du metteur en scène dans le programme du spectacle, Détour de chant n'est pas une histoire.  C'est un cumul d'histoires.  Toutes issues de l'imaginaire de Réjean Ducharme.

Un musicien qui accumule les déchets et les petits boulots.  Un couple fraternel qui aspire au néant en buvant de la bière devant la télé.  Une amoureuse de l’Amour.  Un paumé au grand cœur qui marierait toutes les femmes si elles le voulaient.  Deux jeunes en triporteur qui essaient de ne pas vieillir.

Détour de chant, c'est de la musique.  Beaucoup de musique.  Aux styles variés.  Avec les mots de Ducharme.  C'est également un immense bricolage (la salle de Premier acte est transformée en un immense capharnaüm) fait de matériaux recyclés.  Inspiré de Roch Plante.  Encore du Ducharme car Roch Plante est le nom d'artiste visuel de Ducharme.

Dès l'entrée en salle, le spectateur se retrouve dans une salle de spectacle complètement transformée.  Véritable capharnaüm rempli d'objets recyclés.  Sans quatrième mur.  Où la frontière scène/salle n'existe plus.  Le spectateur est partout.  Au milieu des comédiens.  Du décor.  Le spectateur déambule dans le décor.  Ou est-ce le comédien qui s'immisce dans la salle.  Peu importe.  Le spectateur et le comédien ne font plus qu'un dans une scène qui occupe tout l'espace de Premier acte.

Détour de chant, c'est un spectacle sans véritable histoire rempli de personnages paumés, blessés mais tellement attachants.  Les personnages vivent leurs émotions intensément malgré le vide, parfois grand, de leur vie.  En grande partie grâce aux mots de Ducharme.  Mais aussi par cet environnement que l'équipe de création a su créer. Des sonorités, des ambiances, des musiques, des couleurs, des images et une présence. Toute proche.  Les comédiens se mêlant aux spectateurs, cela crée une très grande proximité avec les personnages.  Le spectateur devient un personnage.  Il a l'impression de vivre les désirs, les envies, les bonheurs de ces hommes et de ces femmes que chaque spectateur est aussi.  Un peu, beaucoup même.

Détour de chant, c'est l'univers de Ducharme plus.  Multiplié par trois.  Trois prismes du même homme.  Du même artiste.  Littérature, art visuel et théâtre enrobés des musiques forts à-propos de Patrick Ouellet, bric-à-brac dans le bric-à-brac global.  Tout ça s'entremêlent magnifiquement pour créer un Ducharme plus vrai que vrai.

Tout est capharnaüm, le lieu, le collage de textes, la musique, le décor.  Même le chant. Les comédiens ne chantent pas toujours juste.  Mais cela fait parti du charme de cette pièce.

Petit moment de grâce dans un hiver qui n'en finit plus de finir, Détour de chant mérite de faire un détour et de s'arrêter, à Premier acte vers 20h 00, pour se laisser bercer par les mots de Ducharme, la musique de Ouellet, la mise en scène de Ouellette, la scénographie et le décor de Tremblay et Talbot et le jeu des comédiens.

À Premier acte jusqu'au 1e mars. Avec Joëlle Bond, Paul Patrick Charbonneau, Véronika Makdissi-Warren, Patrick Ouellet, Claudiane Ruelland, Nicolas Frank Vachon et Stéphane Caron.  Un bricolage de textes de Réjean Ducharme par Geneviève Tremblay. Une mise en scène de Jean-Sébastien Ouellette.

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant notre interview avec Patrick Ouellet (au début de l'émission du 3 février) ou partez à la découverte de Détour de chant en cliquant sur ce lien.

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