30 mai 2014

Critique: The Tempest Replica

The Tempest Replica invite les spectateurs dans l'univers magique de La Tempête de Shakespeare sondant, en deux temps, la soif de pouvoir, la vengeance, les remords et la vertu de Prospero.

Par Robert Boisclair

Alors que le spectateur entre dans la salle, Prospero, interprété par Éric Beauchesne, construit une flottille de navires en papier. Dès que le spectacle débute, Prospero offre à Ariel un navire de la flottille, qu'elle avale goulument déchaînant les éléments d'une féroce tempête. La chorégraphe Crystal Pite réussit magnifiquement à créer une véritable tempête sur scène. Éclairages violents, corps enrubannés de blanc qui déferlent d'un bout à l'autre de la scène et environnement sonore créent, derrière un rideau diaphane, l'impression qu'une véritable tempête secoue la salle du Grand Théâtre de Québec.

Les danseurs enrubannés de blanc sont, en quelque sorte, des pantins dans les mains de Prospero qui les manipulent pour nous offrir une première version, ou réplique, de La Tempête de Shakespeare quelque peu didactique. Le jeu de manipulations de Prospero est complété par des jeux d'ombres, des projections et des surtitres qui situent le spectateur dans l'action. Si l'effet est magnifique et offre de beaux moments, dont la courte scène où Miranda, la fille de Prospero, découvre les raisons de leur exil sur une île, le tout s'étire quelque peu.

Dans la deuxième version, Prospero semble perdre le contrôle sur les autres danseurs qui sont maintenant en habits de ville. C'est ici que la danse s'anime et prend tout son sens. Les danseurs s'expriment et vivent les émotions des personnages. De beaux moments de danse s'offrent aux spectateurs. Les corps des danseurs sont, comme le mentionnait une danseuse lors de la rencontre après le spectacle, en état de chute constant. Ils doivent donc se ressaisir constamment et reprendre du tonus. Cela donne un mouvement hors du temps qui sied à merveille à l'univers de Prospero.

Un spectacle en deux temps, alliant l'intellect et un univers plus froid et impersonnel à l'émotion et un univers plus humain. Deux temps, deux répliques, un peu à l'image de l'état d'esprit de Prospero qui passe de la vengeance et la soif de pouvoir aux remords et au désir de vivre pleinement une douce vie avec sa fille.

Bien que Crystal Pite offre deux temps également dans les mouvements des danseurs, danseurs-mannequins et danseurs partiellement libres, il semble que ceux-ci ne s'éloignent jamais complètement des mouvements en saccade qui animent la première partie. Malgré ce bémol, ce sont de magnifiques performances, particulièrement dans cette deuxième partie, avec des mouvements qui font penser parfois à des animaux de peluche quelque peu désarticulés. Un spectacle à voir pour le plaisir des yeux et pour découvrir La Tempête d'une manière unique.

En représentation ce soir et demain soir à 20h au Grand Théâtre de Québec. Avec Byron Arias, Éric Beauchesne, Peter Chu, Yannick Matthon, David Raymond, Cindy Salgado et Tiffany Tregarthen. Une chorégraphie de Crystal Pite.

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant notre interview avec Crystal Pite (vers la vingtième minute de l'émission du 19 mai).

Bon théâtre et bonne danse !

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