21 septembre 2014

Les Fées ont soif: immense cri de rébellion

Il y a des spectacles qui réservent de merveilleuses surprises dans l'harmonie d'un travail d'équipe surprenant et impressionnant. C'est l'impression, forte et tenace, que laisse Les Fées ont soif, qui tient l'affiche de la Bordée.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Les Fées ont soif, c'est la rencontre de trois femmes - la Statue, Madeleine, la putain, Marie, la reine du foyer - toutes trois en rébellion avec les rôles qui leur sont dévolus. Marie se questionne sur la possibilité de connaître autre chose que le ménage, la Statue ne rêve que de briser le piédestal et l'image où elle est confinée depuis des millénaires et, enfin, Madeleine, qui hurle son dégoût de continuellement avoir à satisfaire le plaisir sexuel masculin. Un immense cri de rébellion envers une société patriarcal agressante.

Si les références religieuses, les allusions à la religion catholique sont évidentes, ont fait scandale en 1978 lors de la création de la pièce, ce n'est pas le cas ici. Le discours féministe quant à lui n'a pas vieilli d'un iota. Il est toujours fort à-propos. Le contexte n'est plus le même. Le discours qui rabaisse les femmes non plus. Plus sournois sans doute. Mais les effets sont bien là. Sur le corps de la femme. Sur les rôles qui lui sont imposés. Les attitudes et les comportements n'ont pas véritablement changé.

Le metteur en scène Alexandre Fecteau a su transposer ce texte, toujours à-propos, dans une mise en scène contemporaine qui met en évidence la tyrannie, devrais-je dire les tyrannies?, dont sont victimes les femmes d'aujourd'hui. Des choix de mise en scène et de scénographie qui lancent au visage du spectateur, parfois en subtilité, parfois beaucoup moins, des stéréotypes et des carcans féminins.

Si les carcans de 1978 ne sont plus tout à fait les mêmes en 2014, le texte de Denise Boucher fait encore mouche. Cette rencontre avec ces trois archétypes féminins donne lieu à un texte vif, issue d'une structure qui n'est pas tout à fait celle d'un texte de théâtre traditionnel, et à un contenu parfois terrible, sur la violence faite aux femmes, par exemple. Malgré tout, il s'en dégage une belle poésie et un peu d'humour.

Soulignons l'apport des comédiennes qui se permettent des digressions pour crier, en leur nom propre, des injustices. Cela ajoute de la force aux prises de position de l'auteur et de l'équipe de production et fait la démonstration que tout est encore à construire.

Trois comédiennes éblouissantes. Elles s'approprient les mots d'une manière magistrale. Elles sont inspirées et en contrôle dans une mise en scène qui n'est pas de tout repos, particulièrement pour Marie-Ginette Guay, enfermée dans un double carcan et dont on ne voit que le visage en gros plan pendant une bonne partie du spectacle.

Trois femmes qui se rebellent. Un texte magnifique. Une mise en scène moderne et dynamique. Des comédiennes de grand talent. Que demander de plus?

En représentation à la Bordée jusqu'au 11 octobre. Avec Lise Castonguay, Lorraine Côté et Marie-Ginette Guay. Une mise en scène d'Alexandre Fecteau.

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant notre interview avec Lise Castonguay et Lorraine Côté (vers la vingtième minute de l'émission du 8 septembre). Découvrez également les coulisses de la création des costumes et du décor avec les mots du scénographe Vano Hotton ce vendredi sur ce blogue.

Bon théâtre et bonne danse !

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