26 septembre 2014

Les mots des concepteurs: Vano Hotton, concepteur décor et accessoires

Les mots des concepteurs est une série qui laisse toute la place aux concepteurs, héros de l'ombre des spectacles de théâtre et de danse de Québec. Sans eux, ils n'y auraient pas de si beaux moments théâtraux. Avec leurs mots, ils nous disent le bonheur et le plaisir de travailler pour tel ou tel spectacle.

Vano Hotton est un concepteur de grand talent de Québec. Il nous dit dans ses propres mots d'où est venu son inspiration pour la production Les Fées ont soif qui tient l'affiche de la Bordée jusqu'au 11 octobre.  Place aux mots de Vano Hotton.

Par Vano Hotton 


Dès la première lecture de Les fées ont soif, je savais que j’avais envie de mélanger la scène au public. Je n’avais pas encore d’intuition concernant l’atmosphère et le lieu physique ou mental dans lequel j’aimerais situer ce texte mais certaines vibrations en émanaient tellement fortement qu’elles m’ont guidé tout le long du processus. Par exemple, le sentiment que les personnages semblent prisonniers de leur sort comme d’une cangue dont il est impossible de se défaire soi même.

Comme l’auteure laisse beaucoup de place à imaginer l’espace, j’ai eu tout le loisir de chercher des symboles puissants auxquels rattacher la scénographie. Les seules contraintes du texte étant la possibilité d’isoler chaque personnage l’un de l’autre puis de leur permettre de se réunir à certains moments.

J’ai cherché une façon de faire une sorte d’analogie visuelle avec le pilori, le bûcher ou le gibet. Il me fallait trouver une façon d’accentuer l’exposition publique, comment mettre la femme en valeur sur une stèle où elle serait prise au piège. Un endroit aseptisé, où elle nous paraît reine de beauté, femme forte et intouchable mais à la fois où elle est présentée dans toute sa vulnérabilité, complètement à découvert. Il fallait que le spectateur, d’où qu’il soit, n’ait pas le choix de les regarder.

L’univers de la mode s’est imposé. J’ai cru au départ que je devais donner l’impression d’un studio de photo où tout peut être léché, où il est possible de trafiquer l’image et la réalité de mille façons mais ça manquait de dimension. Je ne voyais pas comment je réussirais à intégrer le public dans ma proposition.

Puis j’avais le défi de l’intégration de la vidéo, l’esprit documentaire prenant une part importante dans la mise en scène. Le catwalk m’est alors apparu comme un élément évident à explorer, le meilleur support pour répondre à cette envie de surexposition des actrices. Parfaite scène ultra lumineuse où les modèles sont mis à nu, épiés sous toutes leurs coutures et exposés de sorte qu’on ne voit plus la femme mais plutôt l’objet qu’elle habite.

Toute l’architecture de la scénographie s’est donc dessinée autour de l’esprit du défilé de mode. Une ouverture unique d’où naissent trois passerelles scinde le fond du décor en deux murs colossaux au format idéal pour englober toute la scène lorsqu’on projette des images. Une passerelle par personnage d’une « blancheur virginale » laisse toute la place à la performance, lieu idéal pour montrer à tous ce que beaucoup ne veulent voir.

Apprenez en plus sur ce spectacle en consultant notre Trois questions à... Marie-Ginette Guay.

Bon théâtre et bonne danse !

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