23 janvier 2015

Les Fourberies de Scapin: joyeux branle-bas de combat!

Que vous aimiez Molière ou pas, vous vous devez de voir cette superbe production aux allures de bandes dessinées. Un belle soirée en perspective!

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Branle-bas de combat dans les ruelles napolitaines! Le jeune Octave a épousé en secret la belle Hyacinthe pendant l'absence de son père, mais voilà que son père a décidé de le marié à une inconnue. Quant à Léandre, un ami d'Octave, il s'est épris de Zerbinette, une jeune Égyptienne mais son père en a lui aussi décidé autrement. Que vont bien pouvoir faire ces deux jeunes hommes sans le sou contre la puissance et l'autorité de leurs barbons de pères? Scapin est la solution bien sûr. Joueur, beau parleur et fourbe, il usera de ses mille et un tours pour retourner la situation à l'avantage de ces jeunes inconscients!

Des jeunes gens qui pleurnichent comme des gamins au constat de leurs bêtises, des pères caractériels qui se drapent avec ridicule dans l'autorité parentale et deviennent de véritables caricatures d'eux-mêmes et un ingénieux valet aux fourbes intentions, la table est mise pour un joyeux branle-bas de combat aux allures de bandes dessinées.

Esprit bandes dessinées

Jacques Leblanc et la joyeuse équipée des Fourberies de Scapin offre un spectacle bourrée d'entrain, de joie de vivre et aux allures de bandes dessinées. Si le départ est un peu lent, la mise en situation bien que souriante prend quelques temps à amener le spectateur dans cette drôlissime comédie, le reste du spectacle n'est pas piqué des vers. Tout est souligné à gros traits dans le plus pur style moliéresque.

D'entrée de jeu, Leblanc invite le spectateur à découvrir les protagonistes en compagnie d'un très jeune Scapin (Émile Bergeron dans la version vue). Belle idée que ce double de Scapin en version enfantine car après tout le Scapin adulte continue à jouer des tours pendables à tous et chacun. Son petit côté enfantin, quoi! Ses quelques répliques sont forts justes. Petit bémol, sa présence constante sur scène questionne. Bien qu'à quelques reprises, le jeune Scapin copie les gestes du Scapin adulte, joli clin d'oeil, il n'est qu'une présence accessoire pour la grande majorité des scènes.

Jacques Leblanc a su magnifier le texte de Molière en lui ajoutant une touche d'intemporalité et de bandes dessinées. Une intemporalité qui est en train de devenir la marque de commerce de Leblanc lorsqu'il monte des classiques. Et, ma foi, il le réussit merveilleusement bien. Cette fois, l'intemporalité est soulignée, dans des costumes un peu surréaliste. Les costumes grotesques, avec une touche italienne dans les motifs, et une scène quasi-dénudée, à l'exception d'une immense tour composée de meubles divers et qui est, selon les dires mêmes de Jacques Leblanc, une reproduction de l'esprit tortueux et fourbes de Scapin, composent le fond de scène qui servira les desseins de Scapin.

Les costumes sont adaptés à l'âge des personnages. Ceux des jeunes et fougueux personnages sont plus près de notre époque alors que ceux des parents grincheux et barbons révèlent des détails tirés de l'époque de Molière: perruques, pourpoints, etc.

L'esprit bandes dessinées se révèlent dans les costumes, dans le jeu très visuel et complètement surréaliste et dans l'étirement de ficelles tellement grosses qu'elles deviennent de véritables bandes dessinées en mouvement.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Bêtes de scène

Jacques Leblanc a dirigé sa distribution de main de maître. Pas de faux-pas. Des comédiens au rythme précis, précision essentielle à cette comédie aux fils gros comme des câbles. Si l'histoire est prévisible, même pour le plus crédule des spectateurs, tout est dans le jeu des comédiens. Et quel jeu!

Christian Michaud incarne un Scapin détaché et désinvolte avec toute la finesse de jeu nécessaire au personnage. La scène des coups de bâtons, en compagnie du Géronte de Jack Robitaille, est absolument merveilleuse. Réglée au quart de tour, elle est une des plus drôles qu'il m'ait été donné de voir.

Marianne Marceau est d'une drôlerie communicative dans la scène absolument délirante de la révélation du mensonge à l'égard de Géronte, qu'elle raconte à Géronte lui-même sans le savoir. Le duo qu'elle forme avec Jack Robitaille, qui interprète un Géronte complètement éberlué, le mot est faible, et au bord de l'apoplexie, est formidable. Drôle du début à la fin. Finement interprété par les deux comédiens. On en redemande.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Parmi les autres performances qui se démarquent mentionnons, Jack Robitaille, dans les deux scènes précédemment mentionnées mais également pour l'ensemble de sa performance qui sied parfaitement aux allures de bandes dessinées de la production. Celles de Jonathan Gagnon, d'un naturel comique désarmant qui fait mouche à tous coups et de Hugues Frenette dans le rôle d'Argante. Le reste de la distribution n'est pas en reste avec des performances bien campées.

Un désir secret?

À voir pour l'humour universel de Molière qui divertit même le plus pince-sans-rire des spectateurs. Mais également pour une production de haut niveau qui offre un joyeux branle-bas de combat qui a un effet bénéfique certain auprès de tous les spectateurs. Avez-vous le désir secret de quitter la salle avec un large sourire?

En représentation à la Bordée jusqu'au 14 février. Un texte de Molière. Avec Émile Bergeron (en alternance avec Élie Giasson-Fragasso), Chantal Dupuis, Hugues Frenette, Jonathan Gagnon, Élie Giasson-Fragasso (en alternance avec Émile Bergeron), Pierre-Olivier Grondin, Marianne Marceau, Christian Michaud, Jack Robitaille et Ghislaine Vincent. Une mise en scène Jacques Leblanc.

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant notre interview avec Jacques Leblanc et Christian Michaud (vers la vingtième minute de l'émission du 12 janvier) ainsi que notre Trois questions à... Christian Michaud.

Bon théâtre et bonne danse !

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