13 février 2015

Le chant de Meu: amitié masculine

Le chant de Meu invite le spectateur dans l'univers de l'amitié masculine. Incursion dans le non-dit masculin.

Une critique de Robert Boisclair


En plein coeur de la nuit, Alain cogne à la porte de son ami Marco. Il espère s'y caché. Il est ensanglanté. Il raconte sa soirée. Elle s'annonçait festive. Elle se termine dans le sang. D'une vache. D'un chevreuil. D'un homme.

Amitié masculine
S'il est question de chasse et de violence, ce n'est point le thème central de la pièce. Tout tourne autour de l'amitié masculine. Forte et fraternelle pour ces deux amis. Amitié qui se transforme en trahison. Marco ne pouvant garder ce secret pour lui, il trahira son ami en le dénonçant à la police. L'amitié tourne au cauchemar mais demeure tout de même. Les deux hommes seront toujours amis mais à quel prix et, surtout, sous quelle forme.

L'amitié masculine s'exprime souvent à demi-mots. Et c'est le cas ici, particulièrement dans le dernière scène. Ces deux amis n'arrivent pas à se dire la vérité, à s'avouer l'inavouable si ce n'est à demi-mots, avec des silences ou des banalités qui cachent des sentiments bien légitimes. Le spectateur que je suis aurait aimé un peu plus d'ouverture de la part de ces personnages brisés. Ils sont au pied du mur. Un peu d'ouverture aurait été de bon augure.

Manque à combler
Lors de l'annonce et la description de l'acte violent accompli par Alain, Marco n'éprouve que bien peu d'émotions. Et cela étonne. Le metteur en scène a sans doute choisi de mettre de l'avant le texte en lui donnant toute la place mais le peu de réaction de Marco laisse pantois. Il n'est pas choqué, alarmé ni étonné. Et cela crée un malaise qui se perpétuera pendant toute la représentation.

Dans cette histoire d'amitié profonde, il y a beaucoup de soliloques et bien peu de dialogues. Quelques dialogues auraient sans doute permis de mieux saisir la force de l'amitié de ces deux hommes rustres mais attachants. Sans eux, la relation quasi-fraternelle est pratiquement absente. On la sent peu. Pas suffisamment en tout cas. Même si on la devine.

De beaux flashs de mise en scène
Malgré une scénographie épurée, une chaise, un petit réfrigérateur et quelques vêtements éparpillés sont les seuls accessoires, la pièce offre quelques beaux flashs de mise en scène. Comme cette belle idée d'ouvrir la porte du petit réfrigérateur pour représenter les phares d'un véhicule.

L'image de la chaise vide éclairée alors qu'Alain, emprisonné à ce moment, jette un regard sur cette chaise alors que son ami a quitté est d'une poésie sans nom. Tout est là!

Écriture brute
Le ton y est résolument masculin, l'écriture brute et le tout imparfait. La pièce vaut tout de même le détour. À voir pour faire une incursion dans l'univers masculin d'une manière un peu superficielle mais intéressante tout de même.

À Premier acte jusqu'au 14 février. Avec Martin Dubreuil et Jean-René Moisan. Une mise en scène de Benoît Desjardins.

Bon théâtre et bonne danse !

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