25 mars 2015

Novecento: pianiste: délicatesse et ravissement

Il n'est jamais facile d'adapter pour le théâtre un texte aussi poétique et intimiste que celui d'Alessandro Barrico, Novecento: pianiste. Geneviève Dionne et son équipe remportent leur pari haut la main.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Cath Langlois

Sur l'océan, un navire vogue entre l'Amérique et l'Europe. Au tournant du millénaire, un bébé abandonné est retrouvé sur le piano de la salle de bal. On lui donnera le nom de Novecento. Un nouveau-né qui prend le nom du siècle nouveau. Le bateau, de la cale au pont supérieur, deviendra son terrain de jeu jusqu'à ce qu'il découvre le piano de la salle de bal. Dès lors, il n'aura de cesse de jouer du piano. Plus rien ne le décidera à quitter le navire où il deviendra le plus grand pianiste sur l'océan du monde.

Sa musique est unique. Elle est sienne. Elle est étrange. Magnifique. Son écho se répand de port en port. C'est ce que raconte son ami Tim Tooney. C'est ce qu'il raconte aux spectateurs de Premier acte. Il tente de survivre par le souvenir. Il raconte l'histoire de son meilleur ami, Novecento. L'histoire d'une vie. De la musique qui la traverse. Des vagues qui la portent. De l'amitié qui ne s'éteint pas.

Aventure humaine
Geneviève Dionne et son équipage invite le spectateur à bord d'un paquebot où l'aventure humaine est l'élément essentiel. Celle d'une amitié profonde, forte et durable. Entre deux hommes. Deux musiciens. Et la mise en scène joue allègrement sur le thème de cette douce et belle amitié. Le décor est simple: deux caissons, une voile transparent, des portions de rideaux symbolisant les vagues, celle de la mer comme celle de la vie. L'entrée en salle se fait alors que deux danseuses sont suspendus au-dessus de la scène. L'ambiance intime et doucereuse est déjà en place. L'aventure humaine débute dès ce moment.

Le spectacle semble travaillé au bistouri. Les émotions, les mots, les gestes tout a été minutieusement travaillé. Comme les 88 touches du piano, chaque geste, chaque mouvement, chaque note fait partie d'une symphonie. Celle de l'aventure humaine. Le spectacle est d'une grande finesse et bercé d'une infinie tendresse. Le ton est sobre et juste. Le spectacle souffre cependant d'une certaine longueur. Le texte original de Barricco, un soliloque pour la majeure partie, se révèle un peu ardu en adaptation théâtrale. Le travail de l'équipe de la production n'est nullement en cause ici. Elle a fait un excellent travail de mise en scène.

Théâtre, danse et musique
D'un spectacle 100% théâtre, il n'est nullement question ici. La poésie se glisse par l'entremise de la danse et de la musique. Merveilleuse musique d'ailleurs. Qui berce le spectacle de bout en bout. Les mélodies amènent le spectateur à bord de cette aventure humaine. Et que dire de la danse. Douce poésie de ce spectacle. Moments de grâce. Particulièrement celui de la tempête. Vous ne verrez plus jamais une tempête en mer de la même façon. Tout est merveilleusement intégré. Un spectacle qui laisse de belles images dans la tête du spectateur.

Délicatesse et ravissement
Il se dégage de ce spectacle une sorte de sérénité tranquille. Un doux réconfort. Pas nostalgique du tout. Le spectateur découvre avec ravissement une spectacle tout en délicatesse. Une belle traversée au coeur de l'aventure humaine.

À Premier acte jusqu'au 4 avril. Avec Martin Lebrun, Simon Dépot, Jacinthe Gilbert et Karine Chiasson. Un texte d'Alessandro Barricco dans une traduction de Françoise Brun. Une mise en scène de Geneviève Dionne.

Bon théâtre et bonne danse !

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