3 juin 2015

My Dinner with André: gloutonnerie théâtrale

My Dinner with André est un spectacle qui combine art théâtral et art culinaire. Au menu: gloutonnerie théâtrale.

Une critique de Robert Boisclair


Inspiré du film éponyme de 1981 réalisé par Louis Malle, My Dinner with André convie le spectateur au souper entre deux amis qui se retrouvent après une longue absence. L'un, Wallace, est un auteur dramatique dans le besoin et l'autre, André, un metteur en scène à succès. Le premier est sans le sou, bon vivant, reconnu par personne mais rêve d'écrire ou de jouer au théâtre et est invité par l'autre. L'autre est verbomoteur, arrivé et reconnu de tous et de lui-même. Pendant plus de trois heures, ils sont réunis pour un long repas où Wallace écoutera, à son grand désarroi, le discours fleuve d'André.

Le discours se déroulant lors d'un souper entre amis retrouvés, un véritable chef, François Blais du Bistro B hier soir, prépare le repas que dévorera Wallace et que grignotera le verbomoteur André. Les effluves du repas habitent donc la scène et la salle. Ne vous y présentez pas l'estomac vide car il criera rapidement famine.

Marathon discursif
Le spectacle est un véritable marathon discursif. Surtout pour le comédien qui interprète André. Son discours est parsemé d'anecdotes théâtrales qui partent de lui pour revenir à lui. Chaque anecdote est un discours fleuve pour le mettre en vedette, à l'avant-plan. Son compagnon de tablée réussit tant bien que mal à placer quelques répliques. Le jeu des comédiens est excellent dans ce combat où l'un essaie de tout ramener à lui alors que l'autre tente de placer un mot ici et là.

Le plaisir du spectacle réside surtout dans les sorties de textes et les adresses aux spectateurs. Ils font flèches de tout bois. Un spectateur se lève, ils en profitent pour se lever de table et partir à la recherche de celui-ci. Un autre rit très fort, ils en profitent pour s'adresser gentiment à ce spectateur. Et dans les mimiques aussi. Wallace n'en rate pas une. Lui qui est condamné à manger et écouter, ou presque, offre une vaste panoplie de mimiques et de courtes répliques assassines tout au long de la pièce. Un petit plaisir à chaque fois.

Un peu longuet cette conversation entre deux hommes de théâtre? Par moments. Surtout vers la fin. Certes, la bonhommie, le talent d'improvisateur des deux acteurs et le plaisir qu'ils ont à déstabiliser leur partenaire de jeu rendent le spectacle fort agréable et bourré d'un humour bon enfant. Mais le spectacle tiré d'un film de 110 minutes qui devient un spectacle théâtrale de 210 minutes s'étire. Certains effets d'esbroufe deviennent un peu redondant à la longue. Et le dénouement philosophique n'arrange pas les choses.

Sobriété scénique
La mise en scène sobre sert merveilleusement bien le spectacle. Une table, deux chaises et un coin cuisine où le chef s'affaire à préparer le succulent repas qui sera servi aux comédiens. Une scène dénudée pour un spectacle qui tourne autour du théâtre. Toute la place est laissée au texte et au jeu des comédiens et ce, sans artifices. Le théâtre dans sa plus simple expression.

Seul petit ajout technologique au spectacle. Une vidéo qui vient présenter les personnages et fait la mise en contexte du spectacle qui prendra place quelques instants après. La réflexion sur le théâtre débute dès ce moment et se continuera tout au long du spectacle.

Un spectacle au charme certain qui séduit par le naturel des deux comédiens dans l'interprétation de deux personnages aux antipodes et d'une conversation pimentée d'un comique visuel. Des plaisirs qui valent assurément le déplacement.

Une présentation du Carrefour international de théâtre de Québec pour une dernière représentation le 4 juin. 

Bon théâtre et bonne danse !

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