17 septembre 2015

Bousille et les justes: intéressante relecture

La saison de La Bordée s'ouvre une des oeuvres que certains considèrent comme une des plus marquantes de notre dramaturgie. Retour sur un soir de première.

Une critique de Robert Boisclair

En répétition
Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Bousille et les justes est une satire mettant en scène la famille Grenon, venue à Montréal pour assister au procès d'un des fils, Aimé, accusé de meurtre. La famille, jusque-là honorable, risque le déshonneur. La pièce se situe pendant les deux jours que dure le procès où, dans une chambre banale d'un hôtel de deuxième ordre, la tension monte entre les membres de la famille. Apparemment honnêtes et bien-pensants, ils se montrent sous leur vrai jour : fourbes et impitoyables.  Seul un faux témoignage de Bousille, le simple d'esprit de la famille, permettrait d'acquitter Aimé. La famille invoque, pour convaincre Bousille, des arguments de solidarité et de reconnaissance. Bigoterie, fausse respectabilité et hypocrisie sont au coeur de ce drame.

Des hauts et des bas
Même si certains thèmes de la pièce, le mensonge, l'hypocrisie, la fausse respectabilité, sont d'actualité, la pièce accuse le poids des années. L'auteur souligne un peu trop à gros traits.

Et puis, il y le manque de crédibilité d'une situation ou deux, du moins pour les yeux d'un spectateur de 2015. L'interrogatoire de la petite amie du mort et de Bousille par l'avocat de la défense dans une chambre d'hôtel en présence de la famille ne semble pas très réaliste. Ce moment, qui se révèle charnière pour la suite du drame, est cependant fort bien interprété par Valérie Laroche, Christian Michaud, Maxime Perron et Danièle Belley. C'est d'ailleurs à ce moment que la pièce prend véritablement son envol après une introduction un peu longue.

L'ajout d'une ritournelle musicale semble un peu plaqué et en décalage avec le reste de la pièce. Elle n'ajoute que très peu au dénouement du drame qui se joue devant nous. Excellente idée de la part du metteur en scène Jean-Philippe Joubert, d'ajouter des transitions chorégraphiées. Elle ajoute du dynamisme et de la vie à ce huis-clos.

Ce que réussit également fort bien le décloisonnement de la chambre d'hôtel. Jean-Philippe Joubert a éclaté la chambre d'hôtel pour l'ouvrir au milieu environnant. La scène s'éclate alors, repositionnant le drame dans un univers plus vaste. Un petit drame au milieu d'un monde en transformation. Un peu comme un vestige, une relique d'une époque révolue. C'est un peu ce qu'ajoute la ritournelle musicale à cet ensemble, même si elle nous semble décalée. Un pas vers le futur alors que les personnages sont figés dans le temps. Un peu comme cette pièce, écrite à l'aube de la Révolution tranquille en 1959, et annonciatrice d'une transformation en devenir.

De belles interprétations
Christian Michaud se révèle, encore devrais-je dire, comme un des grands comédiens de sa génération. Son interprétation de Bousille, ce simple d'esprit fort attachant, est magnifique. Aucune faille. On croit à son personnage dès la première seconde de son entrée sur scène. 
Eliot Laprise, toujours sur le ton de la colère, manque un peu de nuances. Son personnage est un manipulateur avant tout, qui utilise la colère comme dernier moyen de pression et non pas une simple brute. Valérie Laroche, excellente, Ghislaine Vincent, en mère surprotectrice et bigotte à l'extrême, et Danièle Belley, dans le rôle de la petite amie battue, sont solides. Le reste de la distribution n'est pas en reste.

À voir!
L'excellente distribution et la mise en scène dynamique valent le déplacement. À voir pour découvrir le Québec d'avant la Révolution tranquille.

À La Bordée jusqu'au 10 octobre. Avec Christian Michaud, Eliot Laprise, Valérie Laroche, Simon Lepage, Laurie-Ève Gagnon, Ghislaine Vincent, Maxime Perron, Jean-Denis Beaudoin et Danièle Belley. Une mise en scène de Jean-Philippe Joubert. Un texte de Gratien Gélinas.

Bon théâtre et bonne danse !

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