29 octobre 2015

Trainspotting: train d'enfer!

Pièce à la fragilité poignante baignée dans un propos dur, Trainspotting est une incursion au coeur de la souffrance d'une jeunesse en perdition. Une virée dans l'enfer de jeunes paumés qui secoue et brasse la cage.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

«Le smack, c't'une drogue honnête parce qu'a t'enlève tes illusions. Ça m'fait croire qu'les choses sont plus vraies. La vie est vide pis plate. On a tellement d'espoirs au début pis après on crisse tout ça à poubelle pis là on s'rend compte qu'on va mourir sans avoir trouvé une seule réponse. On s'tape une vie courte pis pleine de déceptions, pis là, on meurt. On remplit not'vie avec toute sorte de marde, des affaires comme une carrière pi des relations pour s'faire croire que ça vaut la peine. Une fois qu't'est passé par là, tu vois toute la souffrance du monde pis tu peux pus t'anesthésier contre elle.»

Comme plusieurs jeunes de sa génération, sans emploi, sans le sou, sans repères, Mark Renton erre avec ses amis dans la banlieue d'Édimbourg, en Écosse. Il raconte la déchéance dans laquelle ses amis d'enfance et lui se sont enlisés. Révoltés, désabusés, refusant d'entrer dans le moule que la société voudrait leur imposer, ils ont trouvé refuge dans l'univers de la drogue, croyant rendre leur existence plus supportable. Entre l'extase du buzz et l'état de manque, Mark pose un regard lucide et amer sur un monde qui semble avoir repoussé dans l'ombre toute une frange de sa génération.

Train d'enfer
Marie-Hélène Gendreau, la metteur en scène, propose un spectacle qui se déroule à un rythme d'enfer. Bien que le texte imposait ce rythme, elle a su insufflé un réalisme et un dynamisme qui propulsent la pièce à un niveau supérieur. Rien n'est évité au spectateur: les fix, les mots crus, la dureté des scènes, la charge émotive... Tout ça dans un enchaînement rapide, vif et dynamique. Un vent de fraicheur, malgré la dureté du propos, traverse la pièce de part en part.

Des comédiens poignant de vérité soutiennent merveilleusement bien le travail de la metteur en scène. Claude Breton-Potvin, déchirante avec des scènes qui viennent nous chercher aux tripes, et Lucien Ratio, impeccable, se démarquent particulièrement.

Des environnements qui séduisent
Le dénouement où Tommy (Jean-Pierre Cloutier) sombre dans le côté obscur est un des très beaux moments du spectacle. Ce n'est qu'un des nombreux instants où les ambiances sonore et visuelle soutiennent merveilleusement bien le texte. Combinés au décor, ils créent une ambiance quasi-poétique qui fait ressortir encore plus fortement le désarroi d'une génération en perdition. Chapeau à Jean-François Labbé (décor), Hubert Gagnon et Dominic Lemieux (lumières) et Uberko (musique originale).

À ne pas manquer!
Une pièce à ne manquer sous aucun prétexte. Ne pas se présenter à la Bordée pour ce spectacle pourrait être la pire erreur de votre vie. Courez acheter vos billets dès maintenant et découvrez une jeune équipe de production qui ne vous laissera pas indifférent!

À la Bordée jusqu'au 21 novembre. Avec Lucien Ratio, Jean-Pierre Cloutier, Charles-Étienne Beaulne, Claude Breton-Potvin et Marco Poulin. Une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau. Un texte d'Irvine Welsh.

Bon théâtre et bonne danse !
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