20 janvier 2016

Sauver des vies: drôle et sensible à la fois

L'auteur, qui est également la metteur en scène, exprimait des inquiétudes à des amis avant le spectacle. À tort, car elle a pondu un spectacle d'une très grande qualité. Retour sur un fort beau spectacle!

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Cath Langlois

Murielle a 48 ans, Maude est dans la mi-vingtaine. Elles sont toutes deux frappées par le même sort : un cancer incurable. Murielle aborde la mort avec un silence désarmant pour son mari et ses deux fils. Elle continue à jouer son rôle de mère légèrement castrante, convaincue de ses souvenirs approximatifs et fière de ses références douteuses. Comme si tout était normal, comme si la date d’expiration qu’on lui avait donnée à l’hôpital n’existait pas.

À l’opposé, Maude aborde la mort comme une réalité avec laquelle on doit apprendre à vivre. Son amoureux et elle font le pacte de s’aimer et de vivre leurs derniers moments en écoutant de la musique, en volant des casse-tête en pédiatrie et en mangeant des Doritos. Le couple fait le choix de rire, même si c’est plus difficile. Quand tout se déconstruit autour de nous, mieux vaut s’en tenir à ce qu’on fait le mieux.

« On sera jamais ces gens-là.
On s’est promis ça, pis ça va pas changer parce que je vais mourir.
On n’est pas le genre de monde qui choisit On va s’aimer encore
comme toune de mariage.
On n’a jamais été ce monde-là, pis on le sera jamais.
Je te dis pas de pas avoir de peine, ou mal.
Je te dis juste qu’on va pas se laisser aller là-dedans,
parce que ça serait trop facile.
Pis ça nous fait chier, ce qui est facile. »
Extrait de Sauver des vies

De l'amour avant tout
Si les deux protagonistes principales sont des êtres malades et souffrant, le thème principal de cette pièce, lui, est empreint de bonheur, de sensibilité et d'amour. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit, de l'amour. L'amour de la vie, l'amour des êtres chers, l'amour qui persiste et signe malgré le départ prévu ou réalisé de celle qu'on aime, malgré la vie qui reprend son cours et la nouvelle amoureuse qui se pointe le nez.

Pascale Renaud-Hébert a pondu un merveilleux texte. Une première partie au ton humoristique malgré le tragique de la situation et une deuxième partie plus dramatique et sensible où la mort emporte l'être cher et l'amour triomphe. Une pièce, malgré la tragédie qui frappe les protagonistes, qui offre une lueur d'espoir parce que le souvenir de l'être cher disparu, sera à jamais gravé dans la mémoire et dans le coeur de ceux qui restent, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire.

Un texte et une mise en scène qui ne laissent pas indifférent. Les larmes coulaient abondamment et les nez reniflaient sans arrêt pendant une bonne partie de la deuxième moitié du spectacle. Pascale Renaud-Hébert, comme toute la distribution d'ailleurs, a réussi à toucher le coeur des spectateurs hier soir. C'était soir de première et déjà les coeurs étaient profondément touchés. Je n'ose imaginer qu'elle sera la réaction des spectateurs d'ici la fin du spectacle.

De grande qualité
Il y a bien, ici et là, quelques faux-pas, quelques maladresses, mais le spectacle est d'une grande qualité. La mise en scène où les lieux se superposent les uns aux autres sied à merveille à ces deux histoires qui s'entrecoupent l'une avec l'autre. Ainsi, par exemple, la chambre à coucher d'un des enfants de Murielle devient la chambre à coucher de Maude dans la scène suivante. L'action coule ainsi plus facilement et réduit le nombre de changements de décor.

La musique, occasionnellement trop forte, supporte tout de même bien l'émotion du moment. Elle ajoute une touche d'ambiance qui fait parfois défaut à certains spectacles. Ici, elle devient un comédien supplémentaire.

Une belle distribution 
Chapeau aux interprètes de la production. Petits comme grands rôles sont interprétés de belles façons. Les deux scènes qui concluent la pièce sont fortes. Samuel Corbeil et Vincent Champoux offrent un moment des plus touchants lors de ce dénouement. Ariel Charest et Sophie Dion offrent des interprétations touchantes et d'une très grande justesse du début à la fin.

À voir!
Un spectacle qui n'est ni prêchi-prêcha, ni moralisateur, et qui offre un beau moment de vie malgré le drame qui frappe les protagonistes.

À Premier acte jusqu'au 6 février. Avec Maxime Beauregard-Martin, Vincent Champoux, Ariel Charest, Samuel Corbeil, Sophie Dion et Marc-Antoine Marceau. Une mise en scène et un texte de Pascale Renaud-Hébert.

Pour en savoir plus sur ce spectacle, consultez notre interview avec Sophie Dion et Samuel Corbeil au tout début de notre émission du 11 janvier en cliquant ici.

Bon théâtre et bonne danse !
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