5 mars 2016

Lapin Lapin: famille de fous

Des personnages loufoques peuplent un « une pièce et demi » dans cette comédie à rebondissements que proposent Le Trident en ce début de mars frisquet. Un spectacle en trois temps qui bascule vers la fin dans la farce science-fictionnesque.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo : Stéphane Bourgeois

Bienvenue chez la famille Lapin! Mama Lapin, sorte de mère courage, règne sur son une pièce et demi avec bonheur. Mais rien ne va plus même si Mama, aimée et respectée, fait montre de courage, tient tout le monde à bout de bras et tente de rester optimiste.

Car la situation familiale n'est pas rose contrairement à ce que croit Mama. Papa, dont le maigre salaire alimentait le petit foyer, a été licencié et passe ses journées dans le métro car il n’ose pas l’avouer à Mama. Lapin, le petit dernier, prénommé ainsi parce qu’il est né avec deux dents, s’est fait renvoyer du lycée. Il tue le temps à lire de la science-fiction dans les salons d'une gare.

Comme si ce n'était pas suffisant, voilà que débarquent Jeannot, de retour de Belgique, avec des valises compromettantes et la police à sa recherche puis Marie, qui a décidé de divorcer à cause d’un « passe-moi le sel » malvenu. Le drame ne serait pas complet sans l'arrivée de Lucie qui a choisi de dire non à son fiancé, devant le maire… et de débouler en robe de mariée. Fiancé qui poursuivra Lucie jusque chez les Lapin.

L'emprunt d'un matelas chez la voisine du dessus, Madame Duperri, va faire débarquer celle-ci dans la famille qui s'empile dans un « une pièce et demi ». Heureusement, il reste Bébert, celui-là, dans un an, il sera médecin. Enfin... peut-être... ou peut-être pas!

En trois temps
Lapin Lapin est une pièce en trois temps. Elle débute comme un drame social pour s'enchaîner dans une comédie loufoque et se terminer sur un ton science-fictionnesque où se mélangent coup d'État, sauvetage extraterrestre et coup de baguette magique qui transforme certains en certaines. Trois temps, deux bifurcations qui laissent quelque peu perplexe. Le rire n'est pas toujours au rendez-vous. Peut-être, est-ce à cause de la très grande dose d'absurde qui meuble la pièce de bout en bout. Et puis, on s'ennuie un peu dans la première partie. La mise en place est bien longue. Mais tout s'arrange lorsque ce moment est passé.

Le spectacle demande une bonne dose d'ouverture de la part des spectateurs, qui doivent accepter une bonne brochette d'invraisemblances. Une fois cette prémisse acceptée, le charme opère. Le spectateur découvre alors une famille complètement folle. Ça crie, ça vocifère, ça s'engueule, ça se chamaille et ça s'aime. Certains moments sont complètement surréalistes. Et drôles. Surtout dans les deuxième et troisième parties.

C'est résolument franchouillard. Une franchouillardise assumée. Le choix de conserver le français parisien est une très bonne décision. Le rythme, l'ambiance et les situations sont tellement françaises que de conserver le plus possible l'écriture d'origine est une adéquation parfaite.

Martin Genest, le metteur en scène, a eu plusieurs bonnes idées de mise en scène et ce, même s'il recycle certaines de ses précédents spectacles. L'utilisation de lanternes mouvantes en début de spectacle font penser à celles utilisées dans les spectacles Joya, du Cirque du Soleil au Mexique, et Cabaret Gainsbourg, qu'il a mis en scène. La petite chorégraphie de danse, drôle et sympathique, donne un bon rythme au spectacle. Les petits ajouts qui transforment, par moments, la famille Lapin en véritable animal, ou les mimiques de groupe, lorsque quelqu'un sonne à la porte, sont de véritables perles.

La scénographie reflète à merveille l'esprit déjanté et brouillon de la famille. L'espace de la grande scène a été réduit pour créer un effet un et demi. L'espace de jeu est délimité par deux murs et un toit au centre de la scène. Les parties jardin et cour sont jonchés d'objets éparses, sorte de capharnaüm suggérant un intérieur encombré. Un peu à l'image du un et demi et de l'esprit des membres de la famille.

Les comédiens se débrouillent fort bien avec un texte, ma foi, pas facile du tout où l'interprétation doit être grossie sans être exagérée. Andrée Samson se démarque particulièrement. Elle est pissante dans son interprétation de Madame Duperri. Marianne Marceau offre une sympathique Marie. Douceur et folie habitent son personnage magnifiquement.

Fou, fou, fou!
Malgré un dénouement quelque peu grotesque et un début longuet, Lapin Lapin propose une comédie résolument franchouillarde peuplée d'une famille où tout le monde est fou, fou, fou! Une comédie qui séduira les fans de l'humour français.

Au Trident jusqu'au 26 mars. Avec Emmanuel Bédard, Jonathan Gagnon, Israël Gamache, Jean-Michel Girouard, Linda Laplante, Valérie Laroche, Nicolas Létourneau, Marianne Marceau, Christian Michaud, Andrée Samson et Sophie Thibeault. Un texte de Coline Serreau. Une mise en scène de Martin Genest.

Bon théâtre et bonne danse !

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