25 mai 2016

Cendrillon: métamorphose réussie!

Il y a eu les frères Grimm, Perrault, Disney. Maintenant, il y a Pommerat. Tous se sont attaqués à Cendrillon. Chacun à leur manière. Pommerat, l'auteur et le metteur en scène n'est pas en reste avec une production résolument moderne, bien loin des clichés filmiques, de la méchanceté des Grimm ou de l'opportunisme de Perreault. Une métamorphose réussie!

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Cici Olsson

Entre marâtre et marraine, une très jeune fille cherche sa voie… L’une et l’autre marquent la place de celle qui manque si cruellement : la mère, dont la disparition ouvre l’histoire de Cendrillon. Pour la réinventer à sa façon, Joël Pommerat a souhaité reprendre les choses d’un peu plus haut afin de créer une pièce sur la mort, sur la vie et sur le temps.

Son récit commence donc tandis que la mère malade adresse à sa fille des paroles presque inaudibles et qu’elle ne comprendra pas tout à fait, qui seront « mal entendues » par la petite. La voilà chargée de mission, tenue à un rôle...

Parfois, le deuil arrête le temps ; parfois, les vivants se sentent chargés des morts, au risque de succomber sous le fardeau. Comment Cendrillon se remettra-t-elle en marche en se délivrant du malentendu qui l’accable?

Métamorphose réussie
Le conte bien connu de Cendrillon est, ici, modernisé, remis au goût du jour, pourrait-on dire. Et c'est tant mieux! Ne perdra pas son soulier qui l'on croit. La fée n'est pas aussi «professionnelle» qu'on pourrait s'y attendre. Les personnages sont bien loin des clichés physiques habituels.

«J’ai plus envie de me servir de ma magie naturelle, ça m’ennuie.
Y a aucun risque, ça marche à tous les coups si je me sers de mes pouvoirs de fée.»
La Fée, acte 2 scène 4

Et puis, tout ça se passe dans un monde qui ne nous est pas si inconnu. Il nous ressemble tout en contenant une part de rêve. Il est moderne et d'aujourd'hui tout en étant bien ancré dans l'ambiance du conte, dans une temporalité qui n'est pas tout à fait la nôtre.

La scénographie y joue un grand rôle. Très épurée. Peu de décor, si ce n'est quelques accessoires et un immense rideau transparent qui sert d'écran. Des projections permettent de créer l'ambiance et les différents lieux. L'éclairage magnifique d'Éric Soyer, qui est aussi le scénographe, enrobe et crée une ambiance chaude en demi-teintes merveilleuses. La musique, magnifique également, crée une dimension émotionnelle propre à chaque scène.


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Avec une délicatesse qui n’exclut pas un certain humour, Pommerat aborde ici des questions graves et vitales: les difficultés du deuil, la violence relationnelle, les communications difficiles. Malgré des thèmes qui semblent quelque peu arides à prime abord, l'auteur et metteur en scène offre une bonne dose de magie... théâtrales et des surprises. 

La Fée dépourvue de baguette magique fume allègrement et tente de se recycler en magicienne. Le prince n'est pas charmant du tout et Cendrillon, alias Cendrier, alias Sandra, de son vrai nom, est un véritable garçon manqué. Quant à la marâtre et bien, elle est plus hystérique que méchante. Des personnages atypiques qui découvriront leur voie, à tout le moins pour Sandra et le prince, grâce... Non! Je ne vous dévoilerai pas le dénouement tout de même.

À voir
Un spectacle à ne pas manquer! Il ne reste que deux soirs de représentations. Courez vite acheter votre billet.

À l'affiche de la Bordée dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec ce soir et demain. Avec Alfredo Canavete, Noémie Carcaud, Caroline Donnelly, Catherine Mestoussis, Deborah Rouach, Marcella Carrara, Nicolas Nore et Julie Desmet. Une mise en scène et un texte de Joël Pommerat.

Note du rédacteur: le résumé de la pièce utilisé dans cette critique est tiré, en grande partie, du site du Théâtre de l'Odéon.

Bon théâtre et bonne danse !

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