12 juin 2016

Mon Carrefour en trois questions

Le Carrefour international de théâtre de Québec vient tout juste de se terminer. Voici en quelques questions mon Carrefour qui est, possiblement, différent du vôtre. Quel a été le vôtre?

Une billet de Robert Boisclair

Quel moment me restera en mémoire?

Comme il est parfois difficile de faire un choix, et c'est le cas ici, j'en citerai deux. D'abord le spectacle Cendrillon dans son ensemble. Pour le voyage qu'offrait Joël Pommerat dans l’univers d’une Cendrillon, à la fois si familière et si différente. Une oeuvre bourrée de personnages atypiques et avec des surprises à la tonne. Et surtout d’avoir remonté dans le temps pour partir du décès de la mère et faire une pièce sur sur la mort, sur la vie, sur le deuil et sur le temps. Et, à ma grande surprise, pas morbide ou tragique du tout. Un spectacle magnifique du début à la fin.

Cendrillon
Crédit photo: Cici Olsson

Ensuite, l’ambiance mais surtout la merveilleuse musique de Bibish de Kinshasa. Une musique congolaise enveloppante et un univers baigné par l’espoir, la joie de vivre au coeur de très grands drames. Une pièce profondément humaine. Une oeuvre touchante et sensible.

Bibish de Kinshasa
Crédit photo: David Ospina

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Quelle est la proposition qui m'a le plus surpris, secoué, questionné?

Une réponse en trois volets tant le Carrefour m'a marqué de plusieurs manières.

Le plus surpris: Cendrillon. Pour toutes les raisons évoquées plus haut mais également pour l'audace d'offrir des personnages hors normes: une Cendrillon au physique de garçon manqué, une Fée qui refuse d'utiliser ses dons, qui fume comme une cheminée et s'essaie à la magie, bien maladroitement, et des rôles masculins interprétés par des femmes, pour ne ne nommer que ces quelques éléments.

Le plus secoué: Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni (Nous partons pour ne plus vous donner de soucis). Pour le retournement du questionnement de départ, quitter ce monde pour ne plus être une charge économique, qui se transforme en une enquête sur les raisons profondes des suicides. Des questionnements sur la vie et le sens que la société et l'individu lui donnent.

Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni
Crédit photo: Futura Tittaferrante

Le plus questionné: Las Ideas. Pour son questionnement ouvert sur la vérité dans l'interprétation lors d'une représentation. Une question qui reste ouverte après le spectacle mais qui me travaille encore, plusieurs jours après la dernière minute de la représentation.

Las Ideas
Crédit photo: Bea Borgers

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Aidez-moi à vaincre le cancer!
Le cancer est un fléau qui touche de nombreux Québécois. En 2016, on estime que 196 900 nouveaux cas de cancer (excluant environ 78 300 cancer de la peau de type non-mélanome) seront découverts et 78 000 décès seront dus au cancer. Approximativement 96 400 femmes et 100 500 hommes canadiens seront diagnostiqués avec le cancer cette année. Aidez à vaincre le cancer en faisant un don sur ma page personnelle du Cyclo-Défi Enbridge contre le cancer. Votre don aidera à vaincre le cancer et me permettra de relever le défi d'effectuer 200 km à vélo en compagnie de survivants de cette terrible maladie que j'effectuerai les 9 et 10 juillet prochains.  Cliquez ici pour faire un don sécurisé qui sera remis au CHU de Québec. Merci de votre générosité!

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Quels grands thèmes reliaient certains spectacles du Carrefour?

Il y a eu, selon moi, quelques thèmes qui flottaient tout au long des spectacles vus. Tout d'abord, une certaine redéfinition de la relation comédien/spectateur: adresses directes au public (Bibish de Kinshasa, Straight Jacket Winter), le personnage qui cède sa place au comédien ou comédien qui est lui-même le personnage (Ce ne andiamo, Las Ideas), dénuement scénique (peu ou pas de décor et d'accessoires, aire de jeu ouverte sur les coulisses) qui fait que la frontière entre la salle et la scène (Ce ne andiamo, Straight Jacket Winter, Bibish de Kinshasa) s'efface doucement. La scène et la salle tendent à se confondre, à n'être plus qu'un seul et même lieu, un peu comme s’il n’y avait plus de barrière entre la salle et la scène. Le spectateur fait partie de la représentation. Il est plus qu'un simple spectateur.

Ensuite la fusion metteur en scène/concepteur et comédien où le metteur en scène se met en scène comme comédien (Las Ideas, Bibish de Kinshasa, Straight Jacket Winter, Ce ne andiamo…) Dans ces spectacles, le metteur en scène/concepteur est également interprète. Une implication plus personnelle afin de mieux passer son message? Peut-être.

Plusieurs spectacles baignaient dans un certain positivisme ou optimisme. Même les sujets à prime abord sombres ne l'étaient pas en bout de course: on y voyait le beau dans le laid (Bibish de Kinshasa, Ce ne andiamo...), le dramatique qui s’efface doucement cédant toute la place à l'espoir, à la vie qui bat. Les spectacles étaient ainsi bercés d'une grande humanité. D'une résilience, même. L'humain dans ce qu'il y a de mieux, de positif. Un peu comme si, en ces temps difficiles (austérité, terrorisme, crise des migrants, pour ne nommer que ceux-là), l'humain avait besoin de retrouver les bons côtés de son humanité. Une ouverture à l'autre pour faire face à la fermeture de l'autre. Une humanité qui transpirait dans l'ensemble des spectacles que j'ai vu.

Finalement, l’approche de l’écriture théâtrale. Deux auteurs de ce Carrefour écrivent le théâtre avec deux approches différentes mais forts intéressantes. D'abord Joêl Pommerat (Cendrillon) qui n’écrit pas un texte de théâtre mais construit un spectacle. Une approche différente qui l'amène à penser ses histoires différemment. Puis Marie-Louise Bibish Mumbu (Bibish de Kinshasa) dont les textes ne sont pas écrits en fonction d'une diffusion au théâtre ou pour le roman mais qui est une conversation continuelle avec son père, parti trop tôt. Deux auteurs, deux approches différentes qui amènent le théâtre ailleurs. L'écriture théâtrale se transforme doucement avec ces deux modes d'écriture.

Voilà qui résume, brièvement, mon Carrefour. Comment était le vôtre?

Bon théâtre et bonne danse !

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