4 novembre 2016

Les marches du pouvoir: amère primaire

La politique change les hommes plus que les hommes ne changent la politique. Les marches du pouvoir fait voler en éclats les belles illusions d'un bellâtre ambitieux pour le laisser face à un dilemme: son intégrité ou son plan de carrière.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

David Bellamy est un jeune et ambitieux stratège de campagne pour le gouverneur Morris, candidat à l'investiture démocrate en vue de l'élection présidentielle américaine. Idéaliste et décidé à faire honnêtement tout ce qu'il peut pour faire gagner celui qu'il considère comme le meilleur candidat, il s'engage totalement. À quelques jours de la primaire d'Iowa, il accepte de rencontrer en catimini l'organisateur de la campagne d'un candidat adverse. Une erreur qui va faire évoluer sa façon de travailler, de voir les choses et qui risque de le mener à sa perte.

Courir à sa perte
Le titre original anglais, The Ides of March, fait référence au 15 mars de l'an 44 avant Jésus-Christ, alors que Jules César, ayant ignoré plusieurs signes annonciateurs, court à sa perte, est assassiné et trahi par Brutus. C'est bien de cela qu'il s'agit ici, d'une chute aux enfers et de trahisons au coeur même d'une primaire démocrate qui forcera David Bellamy (Charles-Étienne Beaulne) à choisir, au sens figuré, entre le suicide et le meurtre.

Le meilleur mais surtout le pire s'y côtoie: les manigances de la presse pour obtenir des scoops, les amitiés de circonstances, la trop grande proximité entre la presse et le pouvoir politique, les trahisons et les alliances qui se font uniquement en fonction des ambitions et objectifs des protagonistes du moment. Rien de bien nouveau sous le soleil. Les amateurs de séries américaines comme Scandale sont déjà familiers avec tout cela.

Marie-Hélène Gendreau enrobe le tout dans une esthétique à la fois dépouillée et élégante. Les éclairages toujours un peu sombre, le dépouillement de la scène, les écrans qui pullulent et illuminent constamment les scènes ajoutent à l'ambiance de chute aux enfers que vit David Bellamy.

Si les personnages sont bien typés et définis, la stagiaire qui couche avec qui veut bien, le jeune loup ambitieux, le chef de campagne blasé, pour ne nommer que ceux-là, il manque un je-ne-sais-quoi à l'intrigue pour lever complètement. Si les moments de tensions sont bien présents et la montée dramatique excellente, il manque une vigueur, un rythme au jeu des comédiens pour faire de cette chute aux enfers un véritable thriller.

Les marches du pouvoir propose une intéressante incursion dans les bagarres d'arrière-salle entre les poids lourds d'une campagne électorale. L'aura du pouvoir sert de catalyseur à une transformation humaine qui amène le jeune loup Bellamy à passer du côté sombre de la force ou de Dr Jekyll à Mr Hyde. Ce n'est pas l'homme qui change la politique mais la politique qui change l'homme. Un bien triste constat!

À l'affiche de La Bordée jusqu'au 26 novembre. Avec Charles-Étienne Beaulne, Maxime Beauregard-Martin, Sophie Dion, Hugues Frenette Israël Gamache, Jean-Sébastien Ouellette et Nathalie Séguin. Un texte de Beau Willimon traduit pas David Laurin. Une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau.

Vous voulez en savoir plus? Écoutez notre interview avec Marie-Hélène Gendreau vers la vingtième minute de l'émission du 17 octobre.

Bon théâtre et bonne danse !

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