14 janvier 2017

J'accuse: coup de poing et coup de coeur!

Cinq femmes qui se confient et qui livrent leur peine. Une pièce touchante aux accents de révolte. Une pièce coup de poing et coup de coeur. Une pièce qui permet à ceux qui n'ont pas de porte-voix d'en avoir un magnifique. Une pièce libératrice qu'il faut voir!

Une critique de Robert Boisclair

La fille qui aime
Crédit photo: Valérie Remise

J’accuse, c’est cinq monologues vibrants. Il y a la fille qui encaisse, vendeuse de bas de nylon dans une boutique souterraine; la fille qui agresse, propriétaire d’une petite entreprise qu’elle a osé démarrer en contexte d’austérité économique; la fille qui intègre, immigrante essayant de trouver sa place; la fille qui adule, admiratrice sans bornes d’Isabelle Boulay; et la fille qui aime, qui aime trop, qui aime mal. C’est surtout cinq femmes qui luttent contre une société qui les juge. Cinq femmes qui osent crier leur frustration.

Parce que moi, Filion, je le trouve pas mal plus sensible,
terre à terre pis proche du peuple que les gauchistes boboches
qui rêvent en couleurs dans leur monde de préservation des ressources naturelles!
Extrait du monologue de la fille qui agresse

Une ou cinq femmes?
Cinq femmes, cinq monologues, cinq crises existentielles. Des femmes qui rôdent également. Tout au long du spectacle, les précédentes protagonistes reviennent, rôdent, physiquement mais également en mots, dans l'univers des suivantes. Cinq femmes qui n'en sont qu'une? Cinq femmes qui se répondent? Cinq femmes qui se complètent?

La fille qui intègre
Crédit photo: Valérie Remise

La construction dramatique est astucieuse. La femme qui encaisse, vendeuse dans une boutique souterraine du centre-ville de Montréal, qui crache son venin sur ses clientes, est suivie de la fille qui agresse, propriétaire d'une petite firme démarrée en période d'austérité, et qui pourrait bien être sa cliente... Cette même fille qui agresse, dont le discours est très à droite et xénophobe est suivie par la fille qui intègre, immigrante qui cherche sa place dans sa société d'accueil... Isabelle Boulay, présente dans les mots des cinq femmes, est la source de l'admiration sans bornes de la fille qui adule... Celle-ci convoquera l'auteur à se présenter sur scène qui s'amènera en la personne de la fille qui aime trop. Cinq femmes qui se répondent, se complètent ou qui ne font qu'une?

La fille qui agresse
Crédit photo: Valérie Remise

Léane Labrèche-Dor, que j'ai eu le plaisir d'interviewer, change de registre complètement. Elle qui nous a habitué à des personnages colorés qui font dans l'humour, offre un personnage tout en retenu, déchiré par et dans l'amour. Un personnage hyper sensible au creux d'un crash amoureux envers l'autre mais aussi envers elle-même. Si Léane Labrèche-Dor surprend dans un registre auquel elle nous a rarement habitué, il ne faut certainement pas passer sous silence les performances des quatre autres comédiennes. Un quintette de très grande qualité avec des interprétations poignantes, touchantes et qui frôlent la perfection.

Une pièce coup de poing et coup de coeur!
Cinq personnages, cinq peines également. Comme le soulignait Sylvain Bélanger, le metteur en scène, J'accuse c'est cinq peines que l'on entend. Cinq peines qui se cherchent. Cinq peines qui cherchent la justice (la femme qui encaisse), le repos (la fille qui agresse), la solidarité (la fille qui intègre), la légitimité (la fille qui adule), l'amitié (la fille qui aime trop). Une peine qui ne s'exprime pas très souvent aussi ouvertement. Je suis d'accord Sylvain Bélanger, il faut la laisser sortir cette peine. C'est une question de survie pour elles... et pour nous!

La fille qui adule
Crédit photo: Valérie Remise

Lorsque l'on parle de ce spectacle, on fait référence au cri d'une génération, celle des trentenaires d'aujourd'hui, ou à une prise de parole féminine, voire féministe, ce sont les mots de l'auteur même. Je ne suis pas d'accord. C'est une prise de parole sans genre et non générationnelle. Je n'ai plus trente ans, je ne suis pas une femme, mais ces cris m'ont rejoint.

Une pièce coup de poing et coup de coeur. Une pièce qui marque, qui frappe dans le mille et qui questionne. Sur les gestes que l'on ose ou pas de poser. Sur les pas que l'on devrait faire ou pas. Sur ce que l'on est. Sur ce que l'on voudrait être. Sur la peur d'agir et de vivre. À défaut d'agir maintenant, accuser est un premier jalon. Une première étape. Un pas vers l'action. Annick Lefebvre, dans son mot de l'auteur, souhaite que J'accuse «remue quelque chose de viscéral» chez le spectateur. Ne vous inquiétez pas Annick Lefebvre, le pari est tenu haut la main.

À l'affiche de La Bordée jusqu'au 4 février. Avec Debbie Lynch-White, Catherine Trudeau, Alice Pascual, Catherine Paquin-Béchard et Léane Labrèche-Dor. Une texte d'Annick Lefebvre. Une mise en scène de Sylvain Bélanger.

Bon théâtre et bonne danse !

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