13 avril 2017

L'Avare: surprenante production

Bertrand Alain propose un Avare particulièrement jubilatoire dans sa deuxième partie.  Un spectacle avec des hauts et des bas mais qui vaut le déplacement.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Harpagon, vieil avare, agit en véritable tyran pour toute sa maisonnée. Il projette de marier ses enfants sans s’occuper de leurs sentiments. Élise, promise au seigneur Anselme, est plutôt amoureuse de Valère. Quant à Cléante, destiné à une veuve, il est épris de Mariane, jeune fille sans fortune vivant avec sa mère. Or, Harpagon souhaite lui aussi épouser Mariane. Tout est alors en place pour une épopée moliéresque où ruses, intrigues et quiproquos vont se succéder.

Au voleur, au voleur, à l’assassin, au meurtrier!
Je suis perdu, je suis assassiné, on m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent.
C’en est fait, je n’en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré.

Déroutant
La scénographie du spectacle s'inspire fortement des défilés de mode. La résidence de vieil avaricieux est une construction sans mur où domine deux podiums (catwalk) qui permettent aux personnages de poser et de défiler dans leurs atours. Le défilé de mode sera le lien qui permettra de passer d'une scène à l'autre.

Les vêtements et les coiffures des personnages sont, disons, surprenants. Modernes avec une touche 17e siècle, certains vêtements choquent et surprennent comme cette étrange redingote rose dont on affuble Cléante. Moment déroutant dont on se remet même si l'enchaînement de costumes et de coiffures excentriques n'ajoute que peu de touches d'humour. Ils sont le reflet de la personnalité de chaque personnage mais la touche est trop subtile, voire peu évidente. Il y a, au bout du compte, un trop-plein de ridicule dans les costumes.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Bidonnant
L'Avare est une pièce au potentiel comique fort. Hélas, dans la première partie, le rythme et la cadence semblent au ralenti. Le rire s'y fait rare. Ainsi que le sourire. La deuxième partie, nettement plus enlevante, ne laisse aucun spectateur sur sa faim. Le plaisir est grand et les moments magiques nombreux. Il ne faut pas manquer, entre autres, cette scène où l'avaricieux Harpagon s'aventure dans la salle, squattant même quelques rangées de spectateurs, dans une prise à partie magnifiquement drôle. Le quatrième mur s'effondre alors que l'aparté n'existe plus et se transforme en savoureuses répliques qu'Harpagon lance au public médusé.

Les comédiens excellent et prennent plaisir à se jouer de nous. Jacques Leblanc, magistral Harpagon, fait un sans faute. Le spectateur n'a qu'une envie, celle d'arnaquer ce vieil avaricieux afin d'aider les jeunes amoureux. La Frosine de Frédérique Bradet est une séductrice parfaite. Son personnage est d'un comique irrésistible, même si elle le joue à la limite du cabotinage.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Si la production est imparfaite, elle n'en est pas moins ludique et fort amusante. Un production surprenante qui ravira le plus difficile des spectateurs.

Vous voulez en savoir plus? Écoutez notre interview avec Frédérique Bradet et André Robillard au tout début de l'émission du 3 avril.

À La Bordée jusqu'au 6 mai. Avec Jacques Leblanc, Réjean Vallée, Frédérique Bradet, André Robillard, Mary-Lee Picknell, Nicolas Létourneau, David Bouchard, Paul Fruteau de Laclos, Chantal Dupuis, Jocelyn Paré et Guillaume Pelletier. Une mise en scène de Bertrand Alain.

Bon théâtre et bonne danse !

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