10 juin 2017

Mon Carrefour en trois questions

À quelques heures des Regards croisés des critiques et des festivaliers à 13h au Café-bar Le Zinc et de la fin de l'édition 2017 du Carrefour international de théâtre de Québec, je vous propose mes grands bonheurs théâtraux du Carrefour

Une billet de Robert Boisclair

Quel moment me restera en mémoire?

La mise en scène surprenante Des arbres à abattre. Même si le spectacle ne m'a pas subjugué, j'ai apprécié la mise en scène hors norme de ce spectacle. Des gestes lents, un écrin de verre qui magnifiait le jeu des comédiens et une ambiance de fin d'époque qui donnait tout son sens à cette critique de la pratique de l'art qui se perd dans la quête financière et dans le tourbillon politique qui obligent l'artiste à dénaturer son art pour le pratiquer. Notre critique du spectacle.



Quelle est la proposition qui m'a le plus surpris, secoué, questionné?

Une réponse en trois volets tant le Carrefour m'a marqué de plusieurs manières.

Le plus surpris: Un faible degré d'originalité. Un spectacle qui s'annonçait plutôt didactique et pas très enivrant alors que j'ai découvert un spectacle totalement dynamique et vivant. Antoine Defoort est un conteur extraordinaire qui transforme ce qui aurait pu être d'une platitude totale en un vibrant doigt d'auteur aux ayant droits des Parapluie de Cherbourg. Un bel humour et une aventure pseudo-scientifique délirante en agréable compagnie. Notre critique du spectacle.



Le plus secouéTable rase. Ma surprise du Carrefour. Un spectacle qui a du punch, à la parole crue et véridique où l'amitié est la nouvelle famille. Lieu de toutes les vérités, de tout les refuges. Les délires de cette soirée entre amies débouchent sur les angoisses et les enjeux de la vie. Une réflexion qui touche toutes les générations. Un spectacle touchant comme il y en a peu, porté par une merveilleuse et jeune distribution dans une mise en scène vibrante d'amour de Brigitte Poupart. Notre critique du spectacle.

Crédit photo: Marc-Étienne Mongrain

Le plus questionné
Foreign Radical. Un spectacle avec des faiblesses mais un spectacle qui questionne nos croyances et valeurs. Un spectacle d'une grande pertinence qui soulève de grandes questions concernant nos libertés individuelles et nos choix de société. Un spectacle qui trotte encore dans la tête des heures après avoir quitté la salle. Notre critique du spectacle.

Crédit photo: Robert Dewey

Quels grands thèmes reliaient certains spectacles du
 Carrefour?

La très grande place faite à la pensée et aux artistes féminins. Table rase, La fureur de ce que je pense, Où tu vas quand tu dors en marchant...?, qui dans une large mesure offrait une tribune à des créatrices de parcours (Sophie Thibeault, Marie-Josée Bastien, Élène Pearson, Georgia Volpe) et, bien sûr, à des artistes, Et si elles y allaient à Moscou? ou encore Murmures des murs. L'aura féminine squattait un très grand nombre de spectacles. À titre d'exemple, six metteurs en scène des onze spectacles principaux, excluant Où tu vas quand tu dors en marchant...? étaient des femmes.

Dans cette édition l'art était décomplexé, ouvert et surtout osé et surprenant. Les mises en scène de La fureur de ce que je pense, qui proposait sept univers enfermés dans de grandes boîtes superposées, ou encore celle Des arbres à abattre, qui s'offrait le luxe de la lenteur et des longs silences, sortaient des sentiers battus. Et que dire de Foreign Radical où le spectateur devenait participant actif, voire enquêteur ou d'Un faible degré d'originalité qui tenait à la fois du théâtre et de la conférence didactique. Dynamique ou posée, les mises en scène invitaient le spectateur dans de magnifiques imaginaires. Les éclairages y jouaient également un très grand rôle. Comme une sorte de personnage supplémentaire.

La Carrefour offrait en filigrane de nombreux spectacles un questionnement sur l'identité, la quête de son identité ou de soi. Ce questionnement revenait directement ou indirectement. Les multiples personnalités féminines inspirées de l'oeuvre de Nelly Arcand dans La fureur de ce que je pense démontre bien cette quête de soi, de son identité, de ce qui nous définit. Les grandes mutations de vie des personnages de Table rase, les questionnements de vie du Déclin de l'empire américain, le questionnement du nouvel arrivant sur ce qui définit son identité dans Fils de quoi? (laboratoire des Chantiers) ou encore We love Arabs. Une définition de l'identité dans son sens large. Bref, ce qui nous définit.

Voilà qui résume, brièvement, mon Carrefour. Comment était le vôtre?

Bon théâtre et bonne danse !

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