vendredi 29 novembre 2019

Les Hardings: destins croisés

Trois hommes, trois univers mais un seul nom. Des tragédies individuelles qui se croisent avec un dénominateur commun, le train. Retour sur des histoires qui déraillent.

Une critique de Robert Boisclair
Twitter: @Rob_Boisclair et @Enfantsparadis
Crédit photo: Valérie Remise
Synopsis (tiré du site web du théâtre)
Un cheminot québécois, un banquier américain et un chercheur néo-zélandais portent le même nom : Thomas Harding. En apparence, ils n’ont rien d’autre en commun. Jusqu’au 6 juillet 2013. Cette nuit-là, un train qui déraille fait exploser une ville. Apparaissent alors au grand jour les rails invisibles qui relient leurs existences et les attachent les unes aux autres.


De l’église jusqu’à l’épicerie. De la rivière jusqu’aux rails. Le feu avale la ville.

Le train, toujours le train
Le train est bel et bien présent tout au long de la pièce et sous différentes formes stylisées. Dans le décor, dans le texte, dans les chansons de train, dans l'environnement sonore, dans les histoires qui se croisent où le train occupe une place de choix.

Tout part d'un visage, celui du conducteur du train de la MMA qui a détruit le centre-ville de Lac-Mégantic, et d'un questionnement sur le partage de la responsabilité d'un événement aussi tragique, entre le collectif et l'individuel. Alexia Bürger, l'auteure et metteuse en scène, propose une rencontre entre trois homonymes qui personnifient merveilleusement bien cette dualité, cette questionnement, cette prise de conscience.

Trois Thomas Harding qui chacun apporte des points de vue différents: celui qui est le dernier maillon de la chaîne et qui a posé, ou pas posé, le geste à l'origine de la tragédie, celui qui est un proche d'une victime d'un tel événement et qui se questionne sur ce qu'il aurait pu faire pour éviter que cela se produise et celui qui évalue la situation alors que vient le moment d'indemniser les victimes. La chaîne de responsabilités. Trois points de vue bien différents. Une approche fort intéressante qui vient soulever une question: à qui imputer la faute? Le poids de la responsabilité ne revient pas, ne peut pas revenir, à un seul homme.

Dans notre monde d'aujourd'hui les dirigeants, les décideurs, les grands patrons, les politiciens rejettent trop facilement la faute sur d'autres épaules. Le texte d'Alexia Bürger démontre avec éloquence l'incapacité chronique de ceux-ci à prendre leur part de responsabilité. Sa dénonciation prend la forme d'un cri du coeur.
Crédit photo: Valérie Remise
Elle dénonce l'injustice de laisser à ceux qui sont au bas de l'échelle la responsabilité de prendre tout le blâme. Tout à l'heure, je parlais de responsabilité collective et individuelle mais il s'agit bien plus de responsabilités individuelles qui se croisent et se questionnent.

La mise en scène d'Alexia Bürger prend la forme d'un train qui déraille. Le décor, aux allures de voies ferrées éclatées et d'un wagon-citerne explosé et défait, se conjuge superbement  aux destins croisés, et parfois brisés, que sont les histoires des trois Hardings. L'éclairage, les comédiens sont constamment dans la pénombre, celle de la nuit mais aussi celle de la noirceur d'un drame, la bande sonore ainsi que les chansons de trains (train songs) enveloppent le tout magnifiquement. Les chansons de train sont utilisées en point d'orgue pour renforcer certaines émotions ou certains passages. La pièce se clôt superbement sur une de celles-ci d'ailleurs. Moment de grâce théâtrale qui soulève l'audience.

Éblouissante distribution
Malgré quelques accrocs de diction qui se corrigeront bien vite, la distribution épate. Martin Drainville surtout. Dans ce contre-emploi, il excelle. Il est bon de le voir dans un rôle dramatique. Il est un magnifique assureur qui ne cherche qu'à trouver la petite bête noire qui permettra d'éviter de dédommager. Bruno Marcil et Patrice Dubois excellent également. Nous partageons, nous vivons leur drame. Nous sommes Thomas Harding avec eux. 

Allez-y surtout si vous aimez: les performances d'acteur, les textes intelligents, les chambres d'échos qui font réfléchir, les destins croisés, les chansons de trains (train songs).

Jusqu'au 7 décembre à La Bordée. Avec Martin Drainville, Patrice Dubois et Bruno Marcil. Un texte et une mise en scène d'Alexia Bürger.

Vous voulez en apprendre plus sur le spectacle? Découvrez notre interview avec Alexia Bürger au tout début de notre émission du 25 novembre.

Bon théâtre et bonne danse!
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