mercredi 28 février 2018

Conversation avec mon pénis: un pur moment de plaisir

Conversation avec mon pénis, c'est la rencontre improbable entre un pénis géant et son propriétaire. Une rencontre d'amitié et d'amour, un voyage entre le coeur, la raison et... l'organe.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Cath Langlois
Une grande histoire d'amitié
Conversation avec mon pénis suit la relation de Tom avec son organe mâle à travers les étapes de sa vie. Impotence, infidélité, cancer et viagra sont au centre de ce dialogue. Une comédie absurde aux forts accents de comédie.

Crédit photo: Cath Langlois
Conversation avec mon pénis propose une charmante comédie qui s'intéresse à la relation entre Tom (Marc-André Thibault) et sa charmante amie, il faut bien en parler au féminin puisque son interprète est une femme, le pénis (Mary-Lee Picknell). La pièce s'ouvre et se ferme au rythme disco du groupe ABBA avec The Winner Takes It All (le gagnant ramasse le lot) et son célèbre I Don't Want to Talk (je ne veux pas parler). Contrairement à la chanson d'ouverture et de fermeture, le pénis, pardon Mary-Lee Picknell, sera des plus volubiles du début à la fin de cette charmante comédie pénienne.

Le succès de la pièce repose beaucoup sur les épaules de Mary-Lee Picknell, impeccable, ses mimiques savoureuses et son humour pince-sans-rire. Marc-André Thibault forme avec elle un sympathique et solide duo. La chimie fonctionne bien et l'on croît dès les premiers instants à cet improbable couple. Si, de prime abord, il peut sembler ridicule d'habiller une comédienne en pénis, il n'en est rien. La représentation phallique est vite oubliée. Et la relation d'amitié prend forme sous nos yeux ébahis.

Crédit photo: Andrée-Anne Brunet
De la conversation, il y en aura et sur tout les sujets ou presque: premiers émois, inquiétudes, incapacité sexuelle, désir, peurs, chocs traumatiques... Et croyez-moi, vous serez surpris de découvrir certains des chocs traumatiques que peuvent vivre un pénis dans une vie.

Mon amour, mon amour
Pendant une heure quinze le spectateur part à la découverte de la relation d'amitié, voire d'amour qui unit Tom et son phallus. Un pur moment de plaisir où l'on apprend à mieux connaître la relation que les hommes entretiennent avec leur pénis. Les facettes connues et d'autres moins connues sont exposés au grand jour. Une relation, ma foi, assez près de la réalité masculine. Les hommes s'y reconnaîtront et les femmes en apprendront, peut-être, un peu plus sur cette relation particulière.

Conversations avec mon pénis est une comédie qui démarre lentement. Le premier vingt minutes s'étire quelque peu avant de céder la place à un déferlement de gags bien punchés. Le texte bien rythmé est découpé en étapes, de l'adolescence et la découverte de la sexualité à l'homme mature sur le déclin et dont la vie sexuelle est plutôt en mode pause de longue durée.

Crédit photo: Cath Langlois
Les scènes sont désopilantes même dans les moments les plus dramatiques. Les épisodes de le gonorrhée et du cancer du testicule sont de véritables moments d'anthologie. La scénographie épurée, des objets du quotidien éparpillés qui suggèrent un bric-à-brac d'adolescent, laisse toute la place aux comédiens, au texte et à l'imposant costume de pénis qui en déride plus d'un dès son apparition sur scène.

Conversation avec mon pénis est un agréable moment en compagnie d'un improbable compagnon. Un spectacle dont on ressort le coeur heureux.

Allez-y surtout si vous aimez: les propositions audacieuses, l'humour de situation, les textes intelligents.

À Premier acte jusqu'au 3 mars. 
Avec Marc-André Thibault et Mary-Lee Picknell. Un texte de Dean Hewinson dans une traduction et une adaptation de Marc-André Thibault. Une mise en scène de David Strasbourg.

Vous voulez en savoir plus? Écoutez notre interview avec Marc-André Thibault ici (vers la vingtième minute de l'émission du 19 février).

Bon théâtre et bonne danse!

mardi 27 février 2018

La sélection du moment: Jean dit

La sélection du moment c’est une suggestion, une seule, d’un film ou d’un livre sur le théâtre ou la danse, d’un spectacle dansé ou théâtralisé ou encore d’un événement relié à un de ces deux arts que vous ne devez manquer sous aucun prétexte.

Par Robert Boisclair

Crédit photo: Valérie Remise
Jean dit
Cette semaine c'est à une invitation à sortir des limites de notre belle ville de Québec pour découvrir une aventure musico-théâtrale surprenante à laquelle vous êtes conviés!

Un groupe de musique Death metal et le jeu jean dit peuvent-ils se retrouver dans un spectacle de théâtre? Oui, c'est possible et le spectacle Jean dit que présente le Théâtre d'Aujourd'hui à Montréal en est la preuve vivante. Une pièce musicale où théâtre et musique sont aussi importants l'un que l'autre.

Crédit photo: Valérie Remise
Une sorte de genèse théâtrale qui raconte la formation d'un groupe dont le seul objectif est de dire la vérité en tout temps et sur tout. Une spectacle fantaisiste où un politicien soupçonné de corruption vient avouer tout ses péchés. Une pièce sur l'effondrement de la pensée rationnelle et des grandes vérités.

Synopsis
La vérité se trouve pas en moi ! La vérité se trouve pas en toi !
La vérité se trouve pas en nous !
La vérité, c’est Jean qui la détient et y a pas plus dangereux
que ceux qui croient détenir la vérité !

Crédit photo: Valérie Remise
Jean dit la vérité, uniquement la vérité. Ou du moins, Jean dit sa vérité, uniquement sa vérité. Aussi partiale et subjective soit-elle, c’est elle qui lui donne tout son pouvoir et qui hypnotise, aveugle et assujettit ses fidèles. Car Jean plait, il séduit, il construit habilement et progressivement un cercle de soutien qui l’érigera en mouvement invincible.

Olivier Choinière convoque à nouveau sa plume acérée et son regard mordant sur le monde pour dépeindre une société désespérée qui, n’ayant plus foi en elle-même et en ses institutions, se tourne vers une autorité imaginaire, tout absurde et arbitraire soit-elle. Car Jean dit, ce n’est d'abord qu’un jeu. Avec 12 comédiens et un un groupe de musique métal sur scène, Jean dit promet de réveiller les foules et de créer un électrochoc.

Jusqu'au 17 mars au Théâtre d'Aujourd'hui
Un texte et une mise en scène d'Olivier Choinière
Avec Leo Argüello, Sylvie De Morais-Nogueira, Sébastien Dodge, Lévi Doré,
Éric Forget, Émilie Gilbert, Johanne Haberlin,
Noémie Leduc-VaudryDidier Lucien, Sébastien Rajotte,
Julie Tamiko Manning et Lesly Velázquez
Une musique sur scène de Sébastien Croteau, Mathieu Bérubé,
Dominic Forest Lapointe et Étienne Gallo
Pour en savoir plus

Bon théâtre et bonne danse!

lundi 26 février 2018

Nouvelles, critique et clowneries!

Un bloc de nouvelles théâtrales, une critique inspirée et un spectacle qui fait la part belle à l'art clownesque s'offrent au menu de cette édition des Enfants du paradis. C'est à découvrir dès 17h 30 à l'antenne de CKRL 89,1!

Par Robert Boisclair

Premier bloc - 17h 30

Un bloc nouvelles autour d'Incendies qui tiendra l'affiche du Trident et, exceptionnellement, le dévoilement de notre Sélection du moment, un spectacle unique où théâtre et Death metal se rencontrent autour des thèmes de la vérité et du mensonge. Comme toujours, notre Sélection du moment sera également disponible sur ce blogue dès 6h00 demain matin.

Incendies
Trident
Du 6 au 31 mars
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Deuxième bloc - vers 17h50
Crédit photo: Cath Langlois
Ève Méquignon sera en studio pour nous parler d'un spectacle atypique à mi-chemin entre la danse et le théâtre.

Angle mort
Premier acte

Troisième bloc - vers 18h 10
Crédit photo: Norbi Whitney
Vanessa Kneale sera en conversation téléphonique pour nous entretenir de Ripopée, théâtre jeunesse pour les 5 à 12 ans qui fait la part belle au jeu clownesque. Un spectacle qui mixe la clownerie à de nombreux autres arts, dont la musique et la jonglerie.

Ripopée
Les Gros Becs
Du 27 février au 11 mars
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Bon théâtre et bonne danse !

mercredi 21 février 2018

Angle mort: corps lumières

Premier acte et le Théâtre pour pas être tout seul proposent un spectacle lumineux où la douceur et la beauté du geste dominent. Un spectacle hors norme qui fait du bien.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Cath Langlois
Ce spectacle, au carrefour de la danse et du théâtre, est né d'un processus de recherche réunissant des interprètes à la fois danseurs, musiciens et comédiens.  Un spectacle atypique qui ne laisse pas indifférent.

Synopsis 
Moments de panique où nos craintes prennent le dessus. Endroit où nous abandonnons ce que nous refusons d’affronter en nous-mêmes et chez les autres. C’est une façon de fermer les yeux sur nos blessures pour pouvoir continuer. Nos angles morts nous réconfortent, nous stimulent ou nous éteignent. La pièce Angle mort est une confrontation sur les conséquences du déni et sur notre volonté de faire la lumière à tout prix. Elle est un enchaînement d’instants et de tableaux, provoqués par les désaveux et les sacrifices que l’on s’impose afin d’avancer. Ce spectacle cherche à provoquer le contact, à braquer notre regard sur ce que l’on cache afin de permettre aux gestes de traduire les mots.

Danseurs, musiciens et comédiens s’unissent dans une scénographie dépouillée où le son, la lumière et le mouvement sont le centre. Qu’il soit comédien, danseur ou musicien, chaque interprète incarne toutes les disciplines et manipule tous les éléments scéniques afin de ne laisser aucun angle mort pour le spectateur. Angle mort présente une recherche sensible et humaine issue d'une création à cinq têtes mettant en scène trois formes artistiques et deux générations.

Crédit photo: Cath Langlois
Jeu d'ombres et de lumières
Une scène plongée dans la pénombre, que quelques objets épars tout de noir habillés squattent négligemment, sera le lieu de tous ces angles morts offerts à nos yeux.

Véritable jeux d'ombres et de lumières où les interprètes s'exécutent dans la pénombre. Tout débute par un jeu de cache-cache. Une lampe suspendue scintille dans le noir. Tout doucement le spectateur devine la présence des interprètes. La lampe suspendue tournoie sous l'impulsion d'un des protagonistes. On les découvre alors. Ils jouent à cache-cache en se déplaçant dans la pénombre. Ils sont l'un derrière l'autre et se déplace pour se remettre en ligne. La table est mise. Tout se fera en douceur, entre l'ombre et la lumière. Le mouvement sortira de la nuit pour nous faire vivre une émotion. Fugaces moments.

Crédit photo: Cath Langlois
Corps lumières
Dans ce clair-obscur, le corps devient lumière. Il est parole. Il offre une émotion, un moment de tendresse avec soi. La peur sort de l'ombre, merveilleux moment avec Harold Rhéaume, puis disparaît. S'efface doucement pour retourner dans la part sombre de ce demi-jour.

Un spectacle à l'image de ces moments de notre vie qui se pointent le nez puis s'efface pour laisser la place à un autre. Le spectacle est construit ainsi. De petites bribes de vie, des angles morts, qui s'amènent puis disparaissent, pour faire de la vie un merveilleux passage inoubliable.

Ce qui frappe dans ce spectacle? Pas d'effets spéciaux, pas de mots. Que des gestes en clair-obscur mais un spectacle qui marque l'esprit. Qui laisse une trace. Les images restent en tête. Elles squattent notre esprit pour le mieux. De la poésie corporelle portée par des corps lumières.

Crédit photo: Cath Langlois
Un spectacle reposant
Angle mort est une douce pause. Un moment de douceur empreint de sérénité. Il console. Adoucit notre journée. La termine sur une agréable note. Un merveilleux baume thérapeutique.

Allez-y surtout si vous aimez: la poésie corporelle, la douceur de vivre, les spectacles qui vont à l'essence de l'être humain, l'éloge à la lenteur.

À Premier acte jusqu'au 24 février. Avec Elizabeth Baril-Lessard, Harold Rhéaume, Lydia Wagerer, Vinvent Nolin-Bouchard et Vincent Roy. Une conception de Laurent Routhier et Vincent roy.

Vous voulez en savoir plus? Écoutez notre interview avec Elizabeth Baril-Lessard et Lydia Wagerer ici (au tout début de l'émission du 12 février).

Bon théâtre et bonne danse!

mardi 20 février 2018

La sélection du moment: Irène sur Mars

La sélection du moment c’est une suggestion, une seule, d’un film ou d’un livre sur le théâtre ou la danse, d’un spectacle dansé ou théâtralisé ou encore d’un événement relié à un de ces deux arts que vous ne devez manquer sous aucun prétexte.

Par Robert Boisclair


Irène sur Mars
Une sexagénaire qui refuse le déclin lié à la vieillesse, se lance dans la folle aventure de coloniser Mars. Un aller sans retour pour cette femme téméraire qui préfère l'action à la dégénérescence et une décision qui laisse son entourage perplexe. Une pièce qui s'intéresse aux thèmes du voyage et de l'exil.

Un vibrant hommage à ces femmes fières et sous-estimées, qui rêvent de grandeur dans un quotidien de « petits bonheurs ». (…) La pièce aborde des questions à priori sérieuses sur la transmission et la vieillesse, le désir, l’amour, la mort et la vie, auxquelles elle répond souvent de manière hilarante.


Alors que son fils veut la placer dans une résidence pour personnes âgées sans son consentement, Irène lui annonce sans détour qu’elle est finaliste pour un projet de colonisation sur Mars. Veuve de 63 ans et femme franche, elle en profite pour réaliser ses rêves et régler ses comptes avec ses propres démons et le monde qu’elle s’apprête à quitter. À l’approche du dévoilement des élus pour la mission spatiale, la truculente et anticonformiste Irène organise une soirée d’adieu touchante et irrévérencieuse… comme si elle n’avait plus rien à perdre.

Le 22 février à L'Anglicane
Un texte de Jean-Philippe Lehoux
Une mise en scène de Michel-Maxime Legault
Avec Pauline MartinCatherine AudetGary Boudreault et Michel-Maxime Legault

Bon théâtre et bonne danse!

lundi 19 février 2018

Trois histoires, une seule émission!

Trois belles histoires aux Enfants du paradis ce soir: une identité qui se cherche dans l'amour, la relation particulière entretenue par l'homme avec son organe reproducteur et des jeunes en quête d'une zone de confort dans un monde qu'ils apprivoisent. La recherche d'identité sera au coeur de l'émission de cette semaine. À découvrir dès 17h 30 à l'antenne de CKRL 89,1!

Par Robert Boisclair


Découvrez chaque mardi dès 6h, note Sélection du moment sur ce blogue. Une sélection qui a quitté la version radiophonique pour s'offrir ici en exclusivité. Que vous réserve notre Sélection du moment de demain? Une surprenante sexagénaire qui a décidé de s'offrir la planète Mars. Rien de moins!

Premier bloc - 17h 30

En répétition
Une touchante histoire d'exil et d'amour s'offre la première partie de l'émission. Mustapha Aramis, comédien, et Amélie Bergeron, metteuse en scène, seront en studio pour parler d'Une bête sur la lune qui a connu un beau succès en France au tournant du siècle.

Une bête sur la lune
Bordée
Du 27 février au 24 mars
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Deuxième bloc - vers 17h50

Crédit photo: Andrée-Anne Brunet
Marc-André Thibault, traducteur, adaptateur et comédien, nous dira tout de la relation particulière que la gent masculine entretien avec son pénis dans une production à la fois amusante et sérieuse.

Conversation avec mon pénis
Premier acte
Du 27 février au 3 mars
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Troisième bloc - vers 18h 10


Misha Amir et Maude Rodrigue, de la troupe de théâtre Les Treize, seront en studio pour nous parler de Zone qui squattera les planches du Théâtre de poche de l'Université Laval. Un spectacle autour de la quête d'identité de jeunes à la recherche d'une zone de confort dans un monde qu'ils apprivoisent.

Zone
Les Treize
Du 21 au 25 février
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Bon théâtre et bonne danse !

jeudi 15 février 2018

Le Concierge: charmante comédie

Les Tournées St-Michel proposent au public de Québec une charmante comédie. Une joyeuse aventure au pays de l'amour sincère, même si parfois il emprunte les chemins tortueux de l'infidélité.

Une critique de Robert Boisclair


Il y a vingt ans, Évelyne (Nathalie Mallette) s'est fait laisser par Jean-Pierre (Sylvain Marcel), son mari, un flamboyant homme d'affaires sans scrupules. Se retrouvant seule et dépourvue, Évelyne prend sa vie en main, retrousse ses manches et fonde une maison d'édition qui, aujourd'hui, a le vent dans les voiles et qui lui assure une situation financière très confortable.

Un jour, Jean-Pierre réapparaît dans le bureau d'Évelyne. C'est maintenant un homme ruiné, presque sans-abri. Il vient lui demander pardon... et un emploi. Évelyne accepte de l'aider à deux conditions : personne ne doit savoir qui il est vraiment, et il sera... le concierge de l'entreprise. Une douce vengeance se profile. Évelyne en profite pour traiter Jean-Pierre comme un moins que rien et lui faire subir toutes sortes d'humiliations.

Délicieuse comédie
S'il s'agit bien d'une comédie offerte d'abord en été, le ton est bien moins scabreux que ce qu'offre les théâtres d'été habituellement. Peu de blagues salaces, un peu de vaudeville saupoudré ici et là et un texte qui mise sur l'intelligence du spectateur, voilà la recette du succès de cette charmante arlequinade. Cette comédie de situation, car c'est bien de cela qu'il s'agit, frappe dans le mille.




Si le spectateur ne se tape pas constamment sur les cuisses, le plaisir croît avec l'usage. Le superbe décor de Vanessa Cadrin contribue pour beaucoup à l'enchantement que procure cette production. La performance de l'ensemble de la distribution est certainement l'ingrédient principal à l'allégresse produite chez le spectateur, même le plus récalcitrant.

Jonathan Gagnon, un comique naturel, est impayable dans le rôle de Gaétan. Chacune de ses présences déclenche le rire. Sylvain Marcel incarne un Jean-Pierre manipulateur à l'extrême que l'on aimerait détester sans succès. On s'y attache rapidement et on prend son parti.  Nathalie Mallette est splendidement efficace dans son rôle de justicière.

Le dénouement surprend avec quelques rebondissements inattendus. Même si l'on sait que tout se terminera pour le mieux, l'auteur propose une cascade d'événements qui surprennent agréablement. La scène du jugement dernier délie de plaisante façon cette histoire légèrement rocambolesque.  Au final, l'amour l'emportera car c'est bien connu: qui aime bien, châtie bien!


À voir
Le Concierge est une agréable surprise. Une comédie de situation dont on ne se lasse pas pendant une heure trente. Les expressions et les mimiques de Sylvain Marcel et la drôlerie bon enfant de Jonathan Gagnon valent à elles seules le déplacement.

Allez-y surtout si vous aimez: les comédies de situation, les textes intelligents, l'humour subtil.

Une présentation des Tournées St-Michel au Théâtre de la Cité Universitaire jusqu'au 9 mars. Avec Sylvain Marcel, Nathalie Mallette, Antoine Durand, Stéphanie Crête-Blais, Jonathan Gagnon, Valérie Laroche et Mathieu Richard. Un texte d'Éric Assous dans une adaptation de Michel Poirier. Une mise en scène de Michel PoirierPour en savoir plus.

Bon théâtre et bonne danse!

mercredi 14 février 2018

P.artition B.lanche: partitions infinies

Une chorégraphie haroldienne (d'Harold Rhéaume) originale et audacieuse qui propose des partitions infinies. Un spectacle qui ne laisse pas indifférent et qui en surprendra plus d'un.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Le fils d'Adrien Danse

P.artition B.lanche est le fruit, mais pas uniquement, d'une série de résidences ouvertes à travers le Québec. Une approche qui permettait au public de plonger au coeur d'une création chorégraphique, de s'en imprégner et de l'influencer. Le fruit est maintenant mûr et la production est présentée à Québec après une avant-première au Bic.

Traversés d’une vibration contagieuse qui les dépasse, créateurs d’un réseau d’ondulations qui les lient et les délient, les six interprètes, trois hommes et trois femmes, de cette pièce sensible et généreuse expérimentent différentes formes de rencontre, avancent ensemble pour évoluer et survivre en ces temps troubles. Se dessine ainsi une œuvre au pouvoir apaisant qui célèbre le don de soi et l’empathie présentés tels des soins capables de réparer les déchirures provoquées par la violence de notre monde.

Crédit photo: Le fils d'Adrien Danse

Audacieuse et originale 
La scène est complètement nue. Les pendrillons et le rideaux de scène sont absents. Tout est noir. Les six interprètes entrent en scène tout de noir vêtu. Le spectacle débute. Pas une seule note de musique. Que des danseurs. Et des respirations. La valse des partitions prend son envol. Quelques gestes puis une pose. D'autres mouvements. Une nouvelle pose. Les partitions s'enchaînent. Toujours le même scénario. Puis les partitions prennent une nouvelle modulation. La musique s'insinue et le rythme change. Mais les moments de pause continuent occasionnellement.

Crédit photo: Le fils d'Adrien Danse

Une production audacieuse et originale. Originale par son approche: des chorégraphies blanches et une implication du public dans le processus de création. Partir de chorégraphies blanches que les interprètent doivent apprendre, parce qu'au final chacun peut interpréter une des chorégraphies blanches et remixées avec les commentaires du public, n'était certainement pas une tâche facile. À tout le moins cela demande un changement d'approche chorégraphique.

Audacieuse parce que le résultat n'était pas garanti. Un peu comme le vol à vue qui est toujours une sorte de pari risqué. Le vol peut bien se passer ou pas. Ici, le vol s'est bien passé et le résultat sort des sentiers battus.

Un spectacle qui colle au coeur et au corps
Inspiré du texte blanc et propulsé par de moult rencontres avec le public, P.artition B.lanche propose des partitions infinies et démultipliées. Un spectacle qui colle au coeur et au corps avec ses enchevêtrements de danseurs qui prennent la pose un instant. Le geste est fluide mais saccadé, tel un enchaînement d'instantanés. Le mouvement se met alors sur pause permettant au spectateur d'apprécier la grâce du danseur ou de la danseuse.

Un spectacle tout en ondulations. Les corps, véritables vagues humaines, se lient et se délient, s'entrechoquent, se mêlent devenant, l'espace d'un instant, une seule entité corporelle. Six danseurs ou un seul.  Par moment, la distinction n'est pas évidente. Cela donne un sextette plein de vie où la collaboration est la clef. Ne faire qu'un pour mieux danser. Ou différemment. Un spectacle hors normes. Unique.

Crédit photo: Le fils d'Adrien Danse

Il y a bien quelques longueurs ici et là. Des gestes un peu répétitifs. Mais l'offre chorégraphique épate. Elle exige des danseurs une grande virtuosité et, surtout, une grande agilité. La coordination du geste est maîtresse du jeu. Sans elle, rien ne fonctionnerait. Les interprètes excellent mais il faut souligner les merveilleuses performances d'Eve Rousseau-Cyr et d'Arielle Warnke St-Pierre, magistrales à quelques reprises.

À s'offrir
Un spectacle à s'offrir et à offrir. De la poésie, de l'humanité et de la sensibilité. Que demander de plus à l'occasion de la St-Valentin?

Allez-y surtout si vous aimez: la poésie corporelle, la sensibilité dans le mouvement et le geste, les chorégraphies audacieuses, les oeuvres haroldiennes.

À La Rotonde jusqu'au 15 février. Avec Jean-François Duke, Alan Lake, Fabien Piché, Eve Rousseau-Cyr, Ariane Voineau et Arielle Warnke St-Pierre. Une chorégraphie d'Harold Rhéaume.

Vous voulez en savoir plus sur le spectacle et le processus créatif d'Harold Rhéaume? Écoutez notre interview avec Harold Rhéaume ici (vers la quarantième minute de l'émission du 5 février).

Bon théâtre et bonne danse!

mardi 13 février 2018

La sélection du moment: Le Concierge

La sélection du moment c’est une suggestion, une seule, d’un film ou d’un livre sur le théâtre ou la danse, d’un spectacle dansé ou théâtralisé ou encore d’un événement relié à un de ces deux arts que vous ne devez manquer sous aucun prétexte.

Par Robert Boisclair


Le Concierge
Du théâtre d'été à l'Université Laval? Oui, c'est possible! La comédie à succès de l'été dernier s'installe au Théâtre de la Cité Universitaire, salle située dans le pavillon Palasis-Prince. Dans le rôle-titre, Sylvain Marcel montera sur les planches aux côtés de Nathalie Mallette. Cette comédie de l’auteur français Éric Assous est adaptée et mise en scène par Michel Poirier.


Il y a vingt ans, Évelyne (Nathalie Mallette) s'est fait laisser par Jean-Pierre (Sylvain Marcel), son mari, un flamboyant homme d'affaires sans scrupules. Se retrouvant seule et dépourvue, Évelyne prend sa vie en main, retrousse ses manches et fonde une maison d'édition qui, aujourd'hui, a le vent dans les voiles et qui lui assure une situation financière très confortable.


Un jour, Jean-Pierre réapparaît dans le bureau d'Évelyne. C'est maintenant un homme ruiné, presque sans-abri. Il vient lui demander pardon... et un emploi. Évelyne accepte de l'aider à deux conditions : personne ne doit savoir qui il est vraiment, et il sera... LE CONCIERGE. Une douce vengeance se profile. Évelyne en profite pour traiter Jean-Pierre comme un moins que rien et lui faire subir toutes sortes d'humiliations.

Du 13 février au 9 mars au Théâtre de la Cité Universitaire
Un texte d'Éric Assous, adapté par Michel Poirier
Une mise en scène de Michel Poirier
Avec Sylvain Marcel, Nathalie Mallette, Antoine Durand, Stéphanie Crête-Blais,
Jonathan Gagnon, Valérie Laroche et Mathieu Richard


Bon théâtre et bonne danse!

lundi 12 février 2018

La danse à l'honneur et... agrémentée de théâtre!

La danse, théâtrale, nano ou aventurière, sera à l'honneur aux Enfants du paradis de ce soir. Mais le théâtre ne sera pas reste puisque ces deux arts se côtoient dans les spectacles dont nous discuterons ce soir. Venez découvrir ces belles aventures culturelles dès 17h 30 à l'antenne de CKRL 89,1!

Par Robert Boisclair


La Sélection du moment quitte la l'édition radiophonique pour faire toute la place à sa version sur le web. Venez donc la découvrir chaque mardi dès 6h. Demain? Du théâtre d'été s'offre la Cité Universitaire!

Premier bloc - 17h 30

Crédit photo: Maxime Daigle
La danse se fait aventurière dans le spectacle Angle mort, qui tiendra l'affiche de Premier acte. Une aventure où la danse et le théâtre se confondent pour ne faire qu'un... ou presque. Lydia Wagerer, coconceptrice et co-interprète, et Elizabeth Baril-Lessard, codirectrice de production, coconceptrice et co-interprète, seront en studio pour nous parler de l'esprit fusionnel danse/théâtre qui les anime dans ce spectacle.

Angle mort
Premier acte
Du 20 au 24 février
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Deuxième bloc - vers 17h50


Geneviève Martel, chroniqueuse en résidence, nous fera découvrir la danse théâtrale. Est-ce de la danse et du théâtre sur une même scène ou est-ce un art hybride où la danse s'approprie des concepts théâtraux? Pour le savoir, venez nous écouter vers 17h 50.

Troisième bloc - vers 18h 10
Cold Blood
Crédit photo: Julien Lambert
La danse s'offre en mode nano et le théâtre en mode taupes rockeuses avec les deux premiers spectacles annoncés par le Carrefour international de théâtre de Québec. Marie Gignac, la directrice artistique du festival, sera en studio pour nous en dévoiler les secrets.

Carrefour international de théâtre de Québec
Du 22 mai au 8 juin
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Bon théâtre et bonne danse !

samedi 10 février 2018

Titus: chaos remixé

Le Titus des Écornifleuses sera en tournée au Prospéro à Montréal du 13 au 24 février. Voici donc, pour les théâtrophiles de Montréal, notre critique lors de sa création à Québec à l'automne dernier.

Une critique de Robert Boisclair

L'espoir semble animer Les Écornifleuses et Édith Patenaude. C'était le cas pour Le monde sera meilleurL'absence de guerre ou Disparaître ici, quelques-unes de leurs précédentes productions, et avec Titus il squatte de nouveau la scène. L'espoir se fout des apparences. Il cherche à aller à contre-courant de celles-ci. Retour sur une large bouffée de cet espoir qu'elles nous proposent.

Crédit photo: Charles Fleury
Titus est une adaptation du Titus Adronicus de Shakespeare dont voici un bref résumé:
Imaginez quelqu'un qui a perdu vingt-et-un fils au champ de bataille, qui a tué le vingt-deuxième dans un accès de rage, qui a une fille victime d'un viol et amputée sauvagement de ses deux mains et de sa langue; qui a deux autres fils qui sont injustement accusés d'un meurtre. On lui signale qu'il peut épargner la peine de mort à ses deux fils s'il se coupe lui même une main. Il s'y exécute, mais on lui renvoie les deux têtes de ses fils et sa main avec un mot railleur.

On attend qu'une suprême fureur brise toutes les digues, mais Titus rit seulement. En sortant avec son frère avec les deux têtes sur les bras, il dit à sa fille, comme pour ne pas la laisser à part : «Porte ma main, ma douce, entre tes dents.»

Les Écornifleuses proposent leur interprétation de ce classique de Shakespeare. Un spectacle androgyne ou rien n'est ce qu'il semble être. Une lueur d'espoir dans un monde corrompu.

Spectacle androgyne
Le public s'installe doucement, les comédiens également. Ils entrent un à un sur scène pour faire leur échauffement pendant que le public prend place. C'est ce que sera le spectacle, un lieu convivial qu'habite le spectateur et le comédien sans véritable écran entre les deux.

Crédit photo: Charles Fleury
L'espace scénique est dénudé ou presque. Des chaises placées de chaque côté où trôneront les comédiens entre leurs scènes. Des tambours, un à gauche, deux à droite. Un espace quasi-vide, lieu de tous les drames. Un espace réservé au verbe et au corps. Le théâtre dans son plus simple habillage. Ce n'est plus une scène. C'est le lieu de tous les drames... et de tous les espoirs.

Une maîtresse de cérémonie, Marie-Hélène Lalande, prend la parole et situe le spectateur. Les rôles seront inversés de toutes les manières possibles: les personnages masculins seront interprétés par les comédiennes, les personnages féminins par les comédiens, l'interprète de race noire sera un personnage de race blanche alors qu'une comédienne de race blanche interprétera un personnage masculin de race noire.

Crédit photo: Charles Fleury
L'inversion des rôles, si elle crée parfois des situations qui surprennent, lors de la scène de viol par exemple, donne l'occasion à des comédiennes de s'approprier des rôles, de vivre des émotions habituellement inaccessibles pour elles. Et c'est tant mieux. Pour le spectateur, il n'y a aucune différence. L'émotion est là. L'histoire est tout à fait compréhensible et tout aussi admirable qu'avec une interprétation traditionnelle. Encore une fois, rien n'est ce qu'il semble être.

Chaos remixé
Le Titus d'Édith Patenaude, metteuse en scène que j'admire énormément, et des Écornifleuses, joyeuse bande de comédiennes, est une bête étrange. Un objet insaisissable, pendant et tout juste après la représentation, et d'une grande clarté plus tard, alors que tout a été absorbé.

Titus Andronicus de Shakespeare est une pièce qualifié par plusieurs de pièce sale, sanglante, barbare, primaire voire désordonnée. Une pièce où le chaos règne. Titus est un chaos remixé, transformé, brassé à la sauce Écornifleuses. Du théâtre de répertoire devenu du théâtre de recherche. C'est prendre le chaos de Shakespeare et l'organiser. Lui donner un autre sens ou plutôt offrir une lueur d'espoir. Et si du chaos naissait la lumière ou un éclairage différent. C'est ce que propose le dénouement offert par les Écornifleuses.

Crédit photo: Charles Fleury
Édith Patenaude dit dans son mot de metteuse en scène qu'elle s'inquiète pour la suite des choses dans notre monde d'aujourd'hui mais qu'elle a été étonnée des tonnes de fois. Le dénouement de Titus, c'est un peu ça. Une suite des choses qui pourrait être totalement différente de ce que laisse entendre tout ce qui précède. L'espoir est là. Latent. En attente. Car après tout nous ne sommes que des hommes et des femmes et nous pouvons nous adapter. Nous ouvrir au changement. Ou voir les choses autrement.
Certains seront déçus. Ni verront rien de bien nouveau. De bien éclatant. Je l'ai entendu dans les corridors du pavillon Casault de l'Université Laval en quittant le spectacle. C'était mon cas en quittant la salle. Puis lentement ce Titus m'a interpellé. Au réveil, rien n'était plus pareil. Il avait fait son chemin pendant mon sommeil. Rien n'est ce qu'il semble être.

Ceci n'est pas du Shakespeare... un peu, beaucoup tout de même!
Si le texte a été remis au goût du jour dans une adaptation d'Édith Patenaude, le souffle de Shakespeare demeure. La tragédie aussi. La grande tragédie. La pièce est sanglante, gore mais imagée. Les meurtres et carnages sont là mais le sang ne coule qu'une seule fois en version liquide. L'assassinat est mimé, joué. L'imaginaire fait le reste.

Le texte est adapté et à l'accent québécois. Si un ta yeule ou un tabarnak bien placé fait toujours son effet, ici les expressions purement québécoises jurent un peu trop et deviennent risibles. Un moment de décrochage non souhaité et une perte d'attention du spectateur non désirée. Car le texte est dense. Touffu. Même si la maîtresse de cérémonie et quelques personnages nous replacent dans l'action à certains moments, le texte demande une grande attention de la part du spectateur. Et les décrochages n'aident pas à suivre l'action.

Crédit photo: Charles Fleury
La combinaison du chant lyrique et des tambours, qui enterrent malheureusement parfois les répliques des comédiens, et le magnifique éclairage créent une ambiance tribale. Les loups sont prêts à s'entredévorer et ce ne sera pas joli. Point besoin de décor, l'ambiance fait le travail. Et le texte est roi ainsi que la performance des interprètes.

Malgré quelques accrocs et un blanc, la distribution surprend. Il faut voir la transformation de Marie-Hélène Gendreau tout au long du spectacle qui passe d'un être vil, certes, mais relativement doux à un monstre meurtrier. Dominique Leclerc, solide Aaron, surprend pour son aplomb dans le rôle d'un maure avide de pouvoir. Joanie Lehoux, dans le rôle titre, épate. Une magnifique occasion de la découvrir dans un rôle qui lui sied bien. Elle réussit, elle qui est toute menue, à nous persuader que Titus a de l'ascendant et un pouvoir énorme sur les autres romains. Elle devient, à plusieurs reprises, un véritable ogre prêt à tuer pour obtenir ce que son personnage veut.

Crédit photo: Charles Fleury
À découvrir
Un spectacle hors des sentiers battus. Un spectacle imparfait, rugueux, gore avec de nombreuses qualités également. Une occasion unique de découvrir des comédiennes et des comédiens en contre-emploi total. Ne vous laissez pas rebuter par son côté gore, sa violence ou son renversement des rôles. Allez-y l'esprit ouvert, laissez décanté et savourez le résultat. Et n'oubliez pas, rien n'est ce qu'il est supposé être.

Allez-y surtout si vous aimez: le théâtre de répertoire revisité, les Écornifleuses, les mises en scène d'Édith Patenaude, découvrir un spectacle androgyne ou rien n'est ce qu'il semble être.

Crédit photo: Charles Fleury
Une présentation du Périscope au LANTISS du pavillon Casault de l'Université Laval jusqu'au 2 décembre. Avec Mykalle Bielinski, Caroline Boucher-boudreau, Véronique Côté, Marie-Hélène Gendreau, Marie-Hélène Lalande, Dominique Leclerc, Joanie Lehoux, Anglesh Major, Valérie Marquis et Guillaume Perrault. Un texte de William Skahespeare dans une adaptation d'Édith Patenaude. Une mise en scène d'Édith Patenaude.

Bon théâtre et bonne danse!

mercredi 7 février 2018

Closer - Tout contre toi: la douleur d'aimer

Un théâtre sensuel, un langage cru, des couples qui se déchirent et qui vivent dans la douleur d'aimer. Un programme qui peut sembler lourd mais qui, en bout de course, questionne sur sa propre attitude amoureuse.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: David Mendoza Hélaine
Qui perd gagne
Deux hommes et deux femmes jouent le jeu de la séduction et se lancent dans un dangereux chassé-croisé amoureux qui ne laissera personne indemne. Pour ces quatre écorchés de la vie le sexe, cet agréable baume qui fait oublier la douleur d'aimer, masque très mal la panique devant le sentiment amoureux. Ils passent à côté de leur vie et vivent leurs obsessions amoureuses dans une spirale sans fin de vérités et de mensonges devinés.

S'il te plait, je veux pas que tu me détestes.
C'est plus facile que de t'aimer.

Passerelle de l'amour

Crédit photo: David Mendoza Hélaine

La mise en scène de Marie-Josée Bastien, qui utilise une passerelle, sorte de ring où auront lieu les combats amoureux, mets splendidement en évidence le magnifique jeu des comédiens. À chaque extrémité, les deux résidences des couples. Au sol, des mots qui seront prononcés, ou pas, tout au long de ce combat. Les mots seront durs, parfois crus. L'éclairage enrobe joliment cette passerelle de l'amour où tout n'est que jeu et vengeance.

Vieillis avec moi... meurs avec moi... Marie-toi avec moi.

Les comédiens sont magnifiques. David Bouchard et Claudiane Ruelland domine légèrement cette tendre guerre où l'ennemi est le partenaire. Et s'ils dominent, c'est qu'ils ont hérité des moments forts de la pièce.

Crédit photo: David Mendoza Hélaine

Claudiane Ruelland, magnifique Alice et renversante de sensualité, David Bouchard, impressionnant de sensibilité, Alexandrine Warren, éblouissante de vulnérabilité et Jean-Michel Déry, admirable d'insensibilité et d'intensité, constituent un quatuor de rêve pour cette guerre de l'amour.

Je suis pas tombé amoureuse de lui, j'ai choisi de l'être.

Parmi les scènes marquantes, il y a celle de la double rupture. Magnifique moment où les deux couples se brisent en répliques entrecoupées. Superbes instants qui mettent bien en évidence la fragilité de l'amour et du couple.

Instinct primaire contre rêve amoureux
L'instinct primaire masculin affronte le rêve d'amour féminin. Les hommes sont plutôt primitifs dans leur approche de l'amour. Cela passe par le sexe d'abord. L'amour est viscérale. Les femmes sont à la recherche de l'amour mais ne savent pas toujours comment l'accepter. L'amour est émotion.

Crédit photo: David Mendoza Hélaine

Sans doute, pour les quatre amoureux, sont-ils trop écorchés par la vie pour comprendre ce qu'est l'amour. Pour l'accepter. L'amour s'il est là parfois, n'est pas toujours reconnu. Aimer fait mal. Aimer est difficile. Le sexe est la porte de sortie. Baiser, passer au suivant permet de retrouver un bonheur factice qui dure le temps que durent les roses. Une illusion d'amour. Alors ils s'aiment, se bafouent, se laissent. Puis le manège recommence dans un cycle sans fin. La brutalité, dans les mots et dans les gestes, est féroce. La perversité est froide.

Allez-y surtout si vous aimez: le théâtre intelligent, les réflexions corrosives et pertinentes sur le couple, le théâtre sensuel, le langage cru.

Une présentation du Périscope au Centre des congrès de Québec jusqu'au 22 février. Avec David Bouchard, Jean-Michel Déry, Claudiane Ruelland et Alexandrine Warren. Un texte de Patrick Marber dans une traduction de Fanny Britt. Une mise en scène de Marie-Josée Bastien.

Vous voulez en savoir plus? Écoutez notre interview avec David Bouchard et Jean-Michel Déry ici (vers la vingtième minute de l'émission du 29 janvier).

Bon théâtre et bonne danse!

mardi 6 février 2018

La sélection du moment: Con grazia

La sélection du moment c’est une suggestion, une seule, d’un film ou d’un livre sur le théâtre ou la danse, d’un spectacle dansé ou théâtralisé ou encore d’un événement relié à un de ces deux arts que vous ne devez manquer sous aucun prétexte. Vous pouvez découvrir celle-ci en primeur lors de l'édition radiophonique du lundi.

Par Robert Boisclair

Crédit photo: Martin Messier
Con grazia
Avec grâce et élégance, deux artistes, le musicien Martin Messier et la chorégraphe Anne Thériault, proposent une thérapie libératrice. Armés de bâtons et de marteaux, ils transforment notre rêve inassouvi de destruction massive d'objets du quotidien en réalité. Une oeuvre multi-sensoriel où musique électroacoustique, ver d'oreille assuré, engins qui mugissent et éclairs lumineux fantasmagoriques se mélangent harmonieusement, livrant ainsi un chaos destructeur libérateur.

Résumé du spectacle
Maîtres dans l’art de faire voir les sons, virtuoses touche-à-tout, les orfèvres du geste Martin Messier et Anne Thériault sont les détonateurs vivants d’un opus sous tension dédié à la démolition des objets. Dans Con grazia, ils sonnent le glas de la matière. Dans l’ombre de cette destruction méticuleuse et performative, des machines grondent, prêtes à exécuter le chaos. Musique du fracas. Les marteleurs s’appliquent à la tâche suivant une partition précise. Volent en éclats des objets choisis pour leur harmonie sphérique.

Crédit photo: Sandrick Mathurin
Une série de flashs hallucinés s’additionnent : le gant, la massue, le geste. Les mains pensent et frappent. Manipulées par les performeurs, les sources de lumière impriment de petits miracles sur la rétine. Les lampes caressent ce que la destruction libère de beauté. Messier et Thériault pulvérisent avec grâce et torturent le fruit mûr dans une hécatombe musicale et rythmique intensément sensorielle. Une ode inquiétante à l’agonie du monde matériel.

Les 7 et 8 février à La Rotonde dans le cadre du Mois Multi
Une mise en scène, une création et une interprétation de Martin Messier et Anne Thériault

Bon théâtre et bonne danse!