mercredi 26 juin 2019

Les Inséparables: pleins gaz!

L'été théâtral dans la grande région de Québec est celui de Claude Montminy. Il est l'auteur de deux pièces qui en mettent plein la vue. Deux comédies légères certes, mais dont on ressort le coeur léger et avec un immense sourire aux lèvres. Avec Les Inséparables, le spectacle s'éclate en comédie et en musique. Retour sur un soir de première.

Une critique de Robert Boisclair
Twitter: @Rob_Boisclair et @Enfantsparadis
Crédit photo: Jean-Sébastien Veilleux
Synopsis (tiré du site web du Nouveau Théâtre de l'Île d'Orléans)
Il y a 25 ans, Les Inséparables était le groupe musical le plus populaire de l’heure. Eddy Martin, le chanteur de charme, et Louis, son guitariste, étaient au sommet de la gloire… jusqu’au jour où ils apprendront qu’ils sont tous les deux le père du même enfant. Une génération plus tard, plus personne ne se souvient d’eux.

Maintenant dans la cinquantaine (et endettés), les deux hommes doivent accueillir chez eux un jeune rappeur populaire. La présence du jeune homme provoquera un choc de générations. La vie s’arrête-t-elle après 50 ans? Les jeunes sont-ils si différents de leurs parents lorsqu’ils étaient plus jeunes? Il n’en faudra pas plus pour que les deux hommes se mettent en tête de remonter sur scène. 

Mais, les choses ne sont plus comme avant… Le drôle de lien d’amitié qui unit les deux anciennes vedettes tiendra-t-il le coup? 
Crédit photo: Jean-Sébastien Veilleux
Des comédiens épatants
La distribution s'en donne à coeur joie dans cette sympathique et hilarante comédie. Si le texte est léger, c'est le propre des pièces de théâtre d'été, le jeu des comédiens lui donne une dynamique toute particulière.

Le ton est enjoué et bon enfant. Le rythme est là, malgré de nombreux noirs que la metteuse en scène a eu la bonne idée de meubler d'un immense écran où se retrouve une horloge qui rythme les changements. Cela permet aux spectateurs de suivre sans trop de difficulté les différents passages temporels.

Les comédiens, avec un jeu assez physique, occupent l'entièreté de la scène... et de la salle! Ils vont jusqu'à squatter l'allée centrale pour se rendre jusqu'à la dernière rangée. Ils offrent des performantes épatantes du début à la fin. Ils sont tout à fait dans le ton, même si parfois certaines performances, qui frisent la caricature, sont un peu trop exagérées.

Sarah Villeneuve-Desjardins, dans une magnifique performance du début à la fin et avec une voix splendide, ainsi que Bertrand Alain, dans un rôle clownesque et très physique, épatent. Nicolas Drolet, en rappeur fou amoureux, livre certains des moments les plus drôles alors que Christian Michaud, avec un personnage un peu moins unidimensionnel, propose de superbes performances. Ils sont tous multitalentueux étant à la fois comédiens, chanteurs, musiciens et... danseurs! Les pas de danse sont d'ailleurs parmi les moments les plus hilarants du spectacle. 
Crédit photo: Jean-Sébastien Veilleux
Humour bon enfant
Le texte, d'un humour bon enfant, frappe juste à plusieurs reprises. Certaines répliques sont absolument hilarantes et les réparties soulignent allègrement certains traits de caractère générationnels. Les mots d'esprit et les gags légers côtoient des interprétations fortement inspirées du théâtre de boulevard et une mise en scène énergique. 

Cependant le déliement s'étire beaucoup trop. On nous ressert les répliques les plus savoureuses de la comédie ainsi que les nombreuses créations musicales originales qui émaillent la pièce. Trop long, trop répétitif. Un court extrait d'une nouvelle pièce aurait très bien conclu cette savoureuse comédie.

Un spectacle à voir pour le plaisir et le bonheur de jouer qui s'en dégage. Il n'y a aucune bonne raison de bouder le court voyage jusqu'à Saint-Jean-Port-Joli pour voir cette pièce. Parions que vous adorerez!

Allez-y surtout si vous aimez: le théâtre musical, l'humour bon enfant, les textes de Claude Montminy, les performances dynamiques, voir de jeunes comédiens prometteurs.
Crédit photo: Jean-Sébastien Veilleux
Jusqu'au 31 août à La  Roche à Veillon. Avec Bertrand Alain, Nicolas Drolet, Christian Michaud et Sarah Villeneuve-Desjardins. Un texte de Claude Montminy. Une musique de Robert Léger. Une mise en scène de Nancy Bernier.

Bon théâtre et bonne danse!
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lundi 24 juin 2019

Plan de match: drôlissime

C'est tout un plan de match que propose l'auteur Claude Montminy et sa joyeuse bande de comédiens. L'aventure est amusante, les comédiens sont excellents et Carol Cassistat propose une mise en scène enjouée et dynamique.

Une critique de Robert Boisclair
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Synopsis (tiré du site web du Nouveau Théâtre de l'Île d'Orléans)
Ensemble depuis longtemps, Sophie et Jeff forment un couple solide. Au tennis comme à la maison, la sous-ministre et le facteur se complètent parfaitement… jusqu’au jour où Jeff perd son emploi. 

Surprise! À 42 ans, il décide alors d’écouter son cœur et de retourner au CÉGEP… en ART. Sophie, de treize ans son aîné – tout près d’une retraite bien méritée – voit ses projets d’avenir partir en fumée. Camarades de classe envahissants, jalousie, conflits de générations, humiliations et remises en question : rien de tout cela ne faisait partie du plan de match!

Drôlissime
Si la première partie du spectacle est quelque peu poussive et passablement moins drôle que la seconde partie ,celle-ci vaut à elle seule le déplacement. Une fois que tous les éléments sont bien en place, la pièce prend véritablement son envol à ce moment. Elle est immensément plus drôle que la première partie qui est, mais pas uniquement, une mise en situation qui s'étire un peu trop avec des chutes qui tombent parfois à plat. 

La seconde partie mise sur les gags visuels et le jeu des comédiens, particulièrement celui d'Éva Daigle. Une découverte! Reconnue pour ses rôles tragiques, elle se débrouille fort bien dans cette comédie où elle est la meneuse de bout en bout. Le soir de la première un petit accroc technique, les élastiques ne sont pas toujours très coopératifs, a bien servi la comédienne. Le reste de la distribution s'en tire fort bien. Élie St-Cyr, Laura Amar et Sébastien Dorval offrent tous de belles performances.

Carol Cassistat propose une mise en scène enjouée et bon enfant dans un décor fort joli et bien utilisé. Les nombreux noirs sont heureusement bien meublé par un environnement musical qui fait ressortir l'émotion du moment. Soulignons le bel équilibre entre musique francophone et anglophone qui permet à tous les publics d'apprécier le spectacle.

Si le texte aurait besoin d'un resserrement en première partie, il est fort bien équilibré en deuxième partie. Claude Montminy réussit toujours à servir d'agréables comédies au ton léger mais fort dynamique. Et cette fois-ci ne fait pas exception. Une comédie légère certes mais fort agréable. Un rendez-vous à ne pas manquer pour s'offrir du bon temps en agréable compagnie.

Allez-y surtout si vous aimez: les comédies légères, les textes de Claude Montminy, rire à vous en taper les cuisses.

Jusqu'au 1er septembre au Nouveau Théâtre de l'Île d'Orléans. Avec Laura Amar, Éva Daigle, Sébastien Dorval et Élie St-Cyr. Un texte de Claude Montminy. Une mise en scène de Carol Cassistat.

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lundi 17 juin 2019

C'est l'été! On fait une pause?

Si vous visitez régulièrement ce blogue vous avez sans doute remarqué qu'il est en semi-pause estivale. Enfin presque!

Un billet de Robert Boisclair
Twitter: @Rob_Boisclair et @Enfantsparadis


En fait, ce blogue ne sera pas complètement en pause pour la saison d'été. Bien que l'activité reprendra plus régulièrement au mois d'août, il y aura, entre autres, des critiques de spectacles à quelques reprises. Et qui sait? Peut-être cette semaine!

Surveillez donc ce blogue, vous risquez d'y faire quelques belles découvertes. Notre compte Twitter continuera d'être actif également, alors suivez-nous tout au long de l'été. Au plaisir de vous retrouvez ici ou sur Twitter.

Bon théâtre et bonne danse !
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samedi 8 juin 2019

Neuf (titre provisoire): coup de gueule générationnel

Mani Soleymanlou propose, en compagnie de sa bande de joyeux drilles, un coup de gueule générationnel. Des comédiens baby-boomers qui discutent de la vie, de leur vie, de magnifiques façons. Un petit bonheur théâtral!

Une critique de Robert Boisclair
Twitter: @Rob_Boisclair et @Enfantsparadis
Crédit photo: Valérie Remise
Synopsis (tiré du site web du Carrefour international de théâtre de Québec)
Après Un, Deux et Trois, puis Ils étaient quatre, Cinq à sept et Huit, cette nouvelle création de Mani Soleymanlou se pose en point d’orgue à son cycle « des chiffres » entamé en 2011. Se détournant pour la première fois de sa propre génération, l’auteur se penche sur celle des baby-boomers.

Réunis à l’enterrement d’un de leurs amis, Henri Chassé, Pierre Lebeau, Marc Messier, Mireille Métellus et Monique Spaziani découvrent un texte inédit que celui-ci avait écrit peu de temps avant sa mort. Au milieu d’un espace simple et dépouillé, jouant leur propre rôle, ces comédiens d’expérience s’engagent dans un échange captivant, discutent, débattent, se souviennent…

Loin des nombreux personnages à qui ils ont prêté leurs voix, ils énoncent avec une authenticité désarmante leurs idéaux, leurs élans, leurs regrets, leurs écueils, parlent de ce qui les étonne, les dérange et leur donne espoir, affichant le feu qui les anime. Tout en abordant les événements qui ont ponctué l’histoire du Québec, ils évoquent des personnalités publiques qui colorent l’actualité mais aussi le corps vieillissant, la maladie puis la mort. La rencontre des cinq complices prend des allures de catharsis, de libération jouissive ; ils font grincer des dents, ils font rire et réfléchir… ils rayonnent et illuminent la scène !

Si Neuf [titre provisoire] explore les identités individuelles et collectives et profile avec verve et esprit le visage de toute une génération, la pièce donne aussi à voir dans un même souffle ce que notre passage sur terre a d’universel. Et c’est beau, drôle et très émouvant.
Crédit photo: Valérie Remise
Conversations de salon... funéraire
Neuf (titre provisoire) convie le spectateur à une véritable conversation de salon qui se déroule dans un salon funéraire. Lieu de toutes les confidences, les acteurs jouant leur propre rôle s'y livrent. Vieillesse, mort, souveraineté, rectitude politique, négritude, pour ne nommer que ceux-là, sont abordés tout au long du spectacle.

Si la discussion semble aller dans toutes les directions, il y manque un fil conducteur clair, elle est fidèle aux conversations qui animent les soupers entre amis ou de salon. Et c'est tant mieux. Les comédiens s'y livrent sur tout les tons: du très drôle au très sérieux. D'agréables moments en compagnie de cinq grands acteurs qui nous offrent de belles émotions. Les comédiennes s'y font plus discrètes. On aimerait les entendre plus alors que les hommes s'y confient plus.

Marc Messier et Pierre Lebeau sont les plus présents et les plus drôles. Il faut voir Pierre Lebeau piquer une crise lorsque vient le sujet de la rectitude politique ou de la mode de la santé à tout prix.  Un véritable coup de gueule comme seul Pierre Lebeau peut le faire. Monique Spaziani, possiblement la plus en forme du groupe, offre une performance très physique. Il est agréable de voir et d'entendre des baby-boomers à la fois contemplatif et dans le désir de vivre pleinement le petit ou le long chemin qu'il reste à parcourir.

Le magnifique éclairage, tout en clair-obscur et même s'il y a un abus des douches de lumière qui cadrent mal les visages, ajoute à l'ambiance. La sublime trame musicale colle admirablement à la fois au récit du moment et au climat général de la pièce. Chaque classique est bien utilisé et sert de liant entre les scènes. 
Crédit photo: Valérie Remise
Allez-y surtout si vous aimez: les coups de gueule de Pierre Lebeau, voir des magnifiques acteurs à l'oeuvre, les réflexions sur la vieillesse, le passage du temps et la vie après 60 ans.

Dernière représentation le 8 juin au Grand Théâtre de Québec dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec. Avec Henri Chassé, Pierre Lebeau, Marc Messier, Mireille Métellus et Monique Spaziani. Un texte et une mise en scène de Mani Soleymanlou.

Vous voulez en apprendre plus? Écoutez notre interview avec Mani Soleymanlou vers la vingtième minute de l'émission du 27 mai.

Bon théâtre et bonne danse!
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jeudi 6 juin 2019

Hidden Paradise: instinctif et brut

C'est du théâtre? C'est de la danse? Non! C'est un spectacle sympathique et divertissant qui ravit.

Une critique de Robert Boisclair
Twitter: @Rob_Boisclair et @Enfantsparadis
Crédit photo: Maxime Robert-Lachaine
Synopsis (tiré du site web du Carrefour international de théâtre de Québec)
En entrevue radiophonique avec Marie-France Bazzo à l’antenne de Radio-Canada en 2015, l’économiste et philosophe Alain Deneault expliquait de façon limpide les conséquences désastreuses de l’évasion fiscale, supportée par nos institutions politiques, sur la société. À l’écoute de l’émission, le comédien Marc Béland est alors pris au corps par une grande indignation. Cherchant un moyen pour canaliser sa colère et provoquer une prise de conscience collective, il invite Alix Dufresne à plonger dans l’arène avec lui pour composer Hidden Paradise, un manifeste politique chorégraphique et théâtral qui donne forme à la parole de Deneault.

Débutant par l’écoute intégrale de l’entretien, la performance en décline ensuite le verbatim dans une série de cinq variations. Les interprètes se livrent à un corps à corps avec les mots et le discours, appris à la virgule près, qu’ils transposent en mouvements. Avec une dose d’humour absurde absolument délectable et une incroyable énergie communicative, s’interdisant le confort et l’aisance, ils exécutent et expriment cette partition verbale dans une gestuelle ici lente et exigeante et là, rapide et complètement loufoque.

Si la performance illustre avec une éloquence déconcertante la corrélation entre l’évasion fiscale et certains problèmes rencontrés au quotidien, elle permet surtout, au fil des incarnations de l’entrevue, de ressentir dans la chair cette réalité brutale ancrée dans le vif d’enjeux actuels. Dénonçant les injustices structurelles et sociales trop souvent occultées, Hidden Paradise bouscule la manière dont on perçoit et comprend notre réalité de citoyen. Une œuvre effroyablement clairvoyante, une sorte d’exutoire émotif nécessaire qui appelle à l’engagement et au changement.
Crédit photo: Maxime Robert-Lachaine
Instinctif et brut
Béland et Dufresne proposent une allégorie sympathique et divertissante. Un moment d'éveil, de partage et de compréhension de questionnements que l'on glisse trop souvent sous le tapis. Qu'on oublie. Et pour lesquels on croit, à tort, qu'ils n'ont aucune influence dans notre quotidien.

Aujourd'hui, quand on attend quarante minutes à -20 degrés un autobus,
c'est parce qu'il y a le problème des paradis fiscaux.
Alain Deneault 

Un spectacle instinctif, brut, absurde où moult versions d'une unique interview expriment notre impuissance face à l'évasion fiscale. Quelle brillante idée! Utiliser une « italienne », méthode de travail théâtrale où le texte est récité sans intention aucune par les comédiens avant d'entrer en scène, et de le faire sur scène est également un trait de génie. Cela donne une couleur différente au texte, le remet au coeur du spectacle. Le brasse.

Nous questionne aussi sur le sens des gestes. Quelles significations ont-ils? Et tout ça, avec une seule interview que l'on nous sert en boucle. Tout d'ailleurs provient de l'interview: la musique, les sons, le texte. Elle est triturée. Transformée. Mais c'est bien elle. Parfois on la reconnaît. Parfois pas du tout.

La radio, havre de l'éphémère, trouve une deuxième vie grâce à ce spectacle. Des paroles qui s'évanouissent rapidement alors qu'elles devraient, pour certaines à tout le moins, nous faire sortir dans la rue, alors que ce n'est jamais le cas, sont décuplées. Elles ont une seconde vie. Nous questionne à nouveau. Ramène le sujet sur le tapis. Encore et encore.

Du théâtre ou de la danse? De la performance ou de l'art brut? Certainement des bêtes de scène, Béland et Dufresne, qui nous entraînent dans une étrange aventure scénique. Un spectacle qui surprend, fait réfléchir et charme. Oui, charme! Grâce à des scènes loufoques, drôles et incongrues qui s'enchaînent et ébahissent.
Crédit photo: Maxime Robert-Lachaine
Allez-y surtout si vous aimez: l'absurde, les performeurs, les spectacles hybrides.

Ce spectacle a été présenté dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec. Une idéation et une interprétation d'Alix Dufresne et de Marc Béland.

Bon théâtre et bonne danse!
Suivez-nous quotidiennement sur Twitter: @Enfantsparadis et @Rob_Boisclair