mardi 27 mars 2018

La sélection du moment: Empreintes mouvantes, danser Giacometti

La sélection du moment c’est une suggestion, une seule, d’un film ou d’un livre sur le théâtre ou la danse, d’un spectacle dansé ou théâtralisé ou encore d’un événement relié à un de ces deux arts que vous ne devez manquer sous aucun prétexte.

Par Robert Boisclair



Empreintes mouvantes, danser Giacometti
Une exposition sur Giacometti, l'art visuel qui rencontre la danse et des mouvements inspirés d'oeuvres marquantes, voilà ce que propose Empreintes mouvantes, danser Giacometti. Une création chorégraphique inspirée d'une sélection d'oeuvres du sculpteur et peintre suisse Alberto Giacometti, artiste reconnu, entre autres, pour ses sculptures aux personnages allongées.

Une occasion unique de faire d'une pierre, deux coups soit voir l'exposition et découvrir la chorégraphie inspirée d'Harold Rhéaume, chorégraphe émérite de Québec, de plusieurs toiles, sculptures et dessins de l'oeuvre de Giacometti. Le spectacle qui s'est déjà produit à trois reprises, reprendra du service d'ici la fin avril avec trois représentations en matinée à chaque occasion.

Synopsis (tiré du site du Musée national des beaux-arts du Québec)
La chorégraphie de danse contemporaine Empreintes mouvantes, danser Giacometti met en perspective différents aspects de l’œuvre de Giacometti à partir d’une sélection d’œuvres de l’exposition. La proposition du fils d’Adrien danse, intimement imbriquée à l’exposition Giacometti, souhaite à la fois compléter, ouvrir, renouveler et apporter d’autres pistes de compréhension des œuvres  par la médiation du mouvement.

Les 31 mars et 21 avril dans le Grand hall du pavillon Pierre-Lassonde
du Musée national des beaux-arts du Québec
Avec Etienne Lambert, Geneviève Duong, Misheel Phi Ganbold, Rob Pretorius,
Jean-Francois Duke, Sarah Pisica, Amélie Martel, André Abat-Roy,
Sarah-Jane Savard, Maxime Boutet, Sarah Audet, Aglaé Laliberté,
Jeanne Forest-Soucy, Lili Arsenault et Irma Bouchard
Une chorégraphie d'Harold Rhéaume
Pour en savoir plus

Bon théâtre et bonne danse!

lundi 26 mars 2018

Théâtre et contes en cette veille de Journée mondiale de théâtre!

La Journée mondiale du théâtre, édition Québec s'invite à l'émission en compagnie de quelques menteries et contes ainsi qu'un commentaire critique de nos chroniqueuses. Une nouvelle édition à découvrir dès 17h 30, à l'antenne de CKRL 89,1!

Par Robert Boisclair

Premier bloc - 17h 30

Rosie Belley, du Théâtre de La Bordée et coordonnatrice de l'événement, sera en accompagnée de Marc Gourdeau, de Premier acte et président de Conseil de la culture des régions de Québec et Chaudière-Appalaches, pour nous parler de la Journée mondiale du théâtre à Québec.

Journée mondiale du théâtre
Divers lieux

Deuxième bloc - vers 17h50

Pour notre deuxième interview en deux semaines autour du Festival de contes et menteries de Québec, nous recevons Yolaine, la directrice générale et administrative des Ami(e)s imaginaires, organisme présentateur du festival, ainsi qu'Ève Dufour-Savard qui participera au festival en tant qu'improvisatrice-conteuse et juge.

Festival de contes et menteries
Divers lieux
Jusqu'au 1er avril

Troisième bloc - vers 18h 10
Crédit photo: Cath Langlois
Geneviève Martel et Camille Proust feront la critique d'Embrigadés, spectacle qui tient l'affiche de Premier acte.

Embrigadés
Premier acte
Jusqu'au 31 mars
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À ne pas manquez!

Ne manquez pas demain matin dès 6h, note Sélection du moment ici même sur ce blogue. Au programme? La danse s'inspire de l'oeuvre d'un artiste peintre et sculpteur pour investir un musée.

Bon théâtre et bonne danse !

jeudi 22 mars 2018

Mon théâtre s'exile. Encore!

Côté coulisses, le monde du théâtre passe un mauvais quart d'heure. Elles se vident de nos forces vives ces coulisses. Après une brève accalmie, l'exode des artistes a repris de plus belle. Bye bye Québec, bonjour Montréal! Ou même Toronto. 

Un billet de Robert Boisclair


D'accalmie à exode
Québec est un terreau fertile pour la relève. Un îlot tranquille où elle peut s'épanouir. Malheureusement, et depuis longtemps, la relève n'a pas ou peu d'opportunités une fois son apprentissage réussi. La solution pour nombre d'entre eux quitter pour Montréal parfois même pour Toronto.

Si la migration n'a jamais cessé, le programme Première ovation, lui, avait temporairement stoppé l'hémorragie. Un magnifique programme qui permet à la relève d'apprendre et de progresser ici. Malheureusement, ce fut de courte durée. La saignée a repris. Le coup est difficile à accepté pour le grand amateur de théâtre que je suis. Sans doute, pour d'autres aussi. Le départ d'Édith Patenaude, déjà une grande metteuse en scène, a été le coup le plus dur à accepter. Un magnifique talent qui quitte Québec pour Montréal. Encore!

Pas de chiffres pour démontrer l'ampleur du phénomène, le chapitre de Québec de l'Union des artistes (UDA) ne compilant aucune statistique sur le sujet. Mais le phénomène est bien présent et important. Selon Jack Robitaille, vice-président - Québec de l'UDA: « ça a toujours existé, ça continue de se faire ». Des exemples? Parmi les nombreux départs mentionnons: Guylaine Tremblay, Myriam Leblanc, Édith Patenaude, Normand Chouinard, Noémie O'Farrell, Denis Bernard, Fabien Cloutier, Jean-René Moisan, Marie-Thérèse Fortin, Steve Gagnon,... Les noms viennent facilement tant ils sont nombreux à quitter et à avoir quitté Québec.

Une situation qui enrage le fan fini de théâtre que je suis. Ras-le-bol de voir de magnifiques talents partir pour exercer leur métier ailleurs. Une perte significative et importante! Bien sûr, les artistes ont le droit de faire carrière là où ils veulent. Mais c'est l'amateur de théâtre qui en paie le prix.

Des artistes de grand talent quitte la région pour faire rayonner le théâtre montréalais alors que celui de Québec doit continuellement se renouveler. Repartir sur une base presque neuve pour offrir un théâtre de qualité. Soyons clairs, il y a de l'excellent théâtre à Québec, mais voir disparaître des artistes talentueux pour n'y revenir qu'occasionnellement dans le cadre d'une tournée québécoise d'une production montréalaise, c'est frustrant!

Un tel exode donne envie de quitter Québec pour voir les artistes que l'on a suivi et apprécié ici. C'est enrageant de ne plus les voir ici régulièrement. D'être privé de leur talent. De ne plus les voir sur nos scènes. De ne plus prendre plaisir à leurs magnifiques performances. De devoir les regarder de loin.

Sans défis professionnels d'envergure, ce qui manque cruellement ici pour l'après-relève, il n'y a pas et il n'y aura jamais de bel avenir pour nos artistes. Les emplois alimentaires, enseignement, restauration ou autres et les allers-retours sur la 20 finiront par avoir la peau de la majorité de nos grands talents. Et le théâtre de Québec risque de mourir doucement d'asphyxie. Malheureusement!

Bon théâtre et bonne danse!

mardi 20 mars 2018

La sélection du moment: Race

La sélection du moment c’est une suggestion, une seule, d’un film ou d’un livre sur le théâtre ou la danse, d’un spectacle dansé ou théâtralisé ou encore d’un événement relié à un de ces deux arts que vous ne devez manquer sous aucun prétexte.

Par Robert Boisclair



Race
Des répliques assassines, un texte intelligent, comme toujours avec David Mamet, et une production qui s'amène à Québec alors qu'on en a dit beaucoup de bien lors de sa présentation à Montréal sur les planches du Théâtre Jean-Duceppe.

Une pièce d'abord et avant tout sur le mensonge, bien plus que sur le racisme et le viol d'une femme noire par un homme blanc dans un hôtel. Un spectacle incontournable et un discours essentiel en cette ère où les montées de lait et les discours sectaires pullulent.

La race, comme le sexe, est un sujet sur lequel il est presque impossible de dire la vérité.
Dans chaque cas, le désir, l’intérêt personnel et l’image de soi
font que la vérité est embarrassante à partager,
non seulement avec des étrangers — qui peuvent, légitimement ou non,
être considérés comme des opposants —, mais aussi avec les membres de son propre groupe,
et certainement avec soi-même.
David Mamet


Synopsis
Un homme d’affaires, blanc et fortuné, est accusé d’avoir violé une jeune femme noire dans une chambre d’hôtel new-yorkaise. Deux avocats, un Noir et un Blanc, ainsi que leur assistante de race noire, doivent décider s’ils représenteront ou non cet homme. Leurs échanges soulèvent de très délicates questions, jetant un regard brutal sur l’Amérique, ses conflits raciaux et leurs implications dans les rapports individuels et juridiques.


Le 25 mars à la Salle Albert-Rousseau
Un texte de David Mamet dans une traduction de Maryse Warda
Avec Benoît GouinFrédéric Pierre, Gabriel Sabourin et Myriam De Verger
Une mise en scène de Martine Beaulne
Pour en savoir plus

Bon théâtre et bonne danse!

lundi 19 mars 2018

Un programme éclectique!

Une menu éclectique où le conte se mêle au théâtre de l'intime et à la danse métissée pour la mouture des Enfants du paradis de ce soir. Une édition à découvrir dès 17h 30, à l'antenne de CKRL 89,1!

Par Robert Boisclair

Premier bloc - 17h 30

Crédit photo: Philippe Provencher
Le chorégraphe Ismaël Mouaraki sera en conversation téléphonique pour nous parler de Lien(s).

Lien(s)
La Rotonde
Les 21 et 22 mars
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Deuxième bloc - vers 17h50


Première de deux chroniques autour du Festival de contes et menteries de Québec en compagnie de Yolaine, directrice générale et administrative des Ami(e)s imaginaires, organisme présentateur du festival, de Yoda Lefebvre, conteur, et de Richard Vallerand, illustrateur.

Festival de contes et menteries
Divers lieux
Du 24 mars au 1er avril

Troisième bloc - vers 18h 10

Crédit photo: Louis-Philippe Chiasson
Geneviève Martel fera la critique de L'incroyable légèreté de Luc L.

L'incroyable légèreté de Luc L.
Périscope
Jusqu'au 31 mars
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À ne pas manquez!


Ne manquez pas demain matin dès 6h, note Sélection du moment ici même sur ce blogue. Au programme? Un spectacle incontournable en cette ère où les montées de lait et les discours sectaires pullulent.

Bon théâtre et bonne danse !

samedi 17 mars 2018

L'incroyable légèreté de Luc L.: voyage intérieur

Le voyage est au coeur du triptyque acadien proposé par Philippe Soldevila. Si le premier volet est celui de l'exil, voyage pas toujours désiré, le deuxième est celui du voyage désiré et recherché alors que ce dernier volet est un voyage résolument intérieur.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Louis-Philippe Chiasson
Synopsis (tiré du site web du Périscope)
Après Les trois exils de Christian E. (2011) et Le long voyage de Pierre-Guy B. (2015), les Théâtres Sortie de Secours et l’Escaouette nous reviennent avec le dernier volet de leur triptyque. Entièrement indépendant des deux autres spectacles, L’Incroyable légèreté de Luc L. y est toutefois intimement lié puisqu’il ramène sur scène Christian Essiambre et Pierre Guy Blanchard, cette fois accompagnés de leur ami Luc LeBlanc.

Trois gars du Nouveau-Brunswick nés à quelques kilomètres les uns des autres; mêmes écoles, mêmes arénas, même Université et même passage au Pays de la Sagouine. Trois gars élevés dans un environnement social rude; batailles, exploits dangereux, violence, alcool. Trois gars devenus artistes dans un contexte où la fragilité est une faiblesse, où la sensibilité est réprimée socialement. Comment ces trois gars se sont rendus jusqu’ici, comment sont-ils devenus ce qu’ils sont? Après plusieurs mois d’exploration et fidèle aux deux premiers volets, Philippe Soldevila dresse ici, encore une fois, le portrait d’êtres extrêmement attachants et bouleversants, avec humour, profondeur et humanité.

Séduction acadienne
Trois histoires, trois pièces, trois personnalités, trois rythmes, trois univers magnifiques. Cela résume assez bien ce polyptyque d'étoiles acadiennes. Avec L'incroyable légèreté de Luc L. Philippe Soldevila est sa joyeuse bande de drilles donne un souffle nouveau à cette superbe triade. La première plus théâtrale a été suivi d'un deuxième volet musicalement envoûtant. Ce dernier tableau tout en humour est également bien plus intériorisé. On en apprend beaucoup sur Luc L. tout en approfondissant la relation amicale qui unit ce trio exceptionnel.

Les histoires d'amitié masculine ne sont pas légions au théâtre. Particulièrement, lorsque les protagonistes décident de s'ouvrir comme ces trois comparses. Ils sortent ici de leur zone de confort respective et brisent, c'est surtout vrai pour Christian E. le plus connu des trois ici, l'image publique que l'on se fait d'eux. Ils deviennent le pourfendeur, Pierre Guy B., le conquérant, Christian E., et le fidèle, Luc L. Une association d'amis qui peut surprendre mais qui séduit.

Crédit photo: Louis-Philippe Chiasson
Pierre Guy B. ne sera peut-être pas d'accord avec moi, mais ce spectacle est une véritable séduction acadienne. À travers Luc L., fidèle à sa famille et à son Acadie natale, Pierre Guy B., installé dans son studio de Charlo, et Christian E., de retour au pays de son enfance, non seulement découvre-t-on le grand conteur et humoriste qu'est Luc L., mais on tombe en amour avec l'Acadie. Ils nous donnent envie de découvrir ce coin de pays francophone que l'on connaît et fréquente trop peu. C'est une véritable dose d'amour. J'aimerais que les Québécois aiment autant leur ville et leur province.

Voyage intérieur
L'incroyable légèreté de Luc L. propose un voyage à l'intérieur de l'humain. De Luc L. d'abord, introverti qui s'extériorise sur scène et qui cache ses peurs et ses émotions sous un épais verni d'humour. Un fidèle à sa famille et à son Acadie adorée, qui n'ose pas affirmer des ambitions qu'ils considèrent démesurées ou non méritées. À torts d'ailleurs. Mais aussi des deux autres comparses, torturés à leur manière. Incertains de leurs choix de vie et de carrière. Partagés entre leurs ambitions et leurs familles. Faisant des choix discutables. Comme moi. Comme vous.

Crédit photo: Louis-Philippe Chiasson
Au-delà de la grande qualité du spectacle, L'incroyable légèreté de Luc L. est une belle leçon de vie. Une forme d'assurance de normalité. Ils sont beaux et imparfaits en même temps. Et c'est ce qui fait que l'on se sent normal. Un humain normal. Et puis, c'est un beau portrait d'hommes.

Il faut souligner le courage que cela demande de s'exposer ainsi et enlever des couches de vernis. Ils n'ont pas tout dit bien sûr. Mais ils en ont dit beaucoup. Je ne sais pas si j'en serais capable. Eux, oui. Merci messieurs!

Enlevant
Oscillant entre l'humour, les prises de becs toutes masculines et les moments d'une grande intimité, le spectacle propose une structure narrative tout en ruptures. Un moment de discussion sur la présentation d'un spectacle, entrecoupé d'une interview de Luc L. par la télévision locale acadienne puis d'un repas entre amis, une structure qui donne un rythme enlevant au spectacle. On ne s'ennuie pas une seule seconde en compagnie de ce trio.

Luc L., qui accueille le public alors que ses deux comparses attendent sagement sur scène le début du spectacle, l'ouvre en animateur d'émission-débat (talk-show). Gérard, nom fictif d'un spectateur choisi au hasard, servira de gentil faire-valoir à Luc L. et contribuera à mettre la table à la douce folie qui suivra. L'ensemble des spectateurs devient alors véritable public de l'émission-débat et devient partie prenante de la belle découverte qui suivra. Il est alors bien difficile de ne pas être séduit. Le public devient pratiquement un quatrième ami. La magie s'installe dès les premiers instants.

Crédit photo: Louis-Philippe Chiasson
Comme pour les deux premiers volets, la mise en scène s'offre un espace scénique quasi-dénudée. Quelques micros ici et là, une zone musique pour Pierre Guy B. et quelques chaises meublent une scène étonnamment proche. Le spectacle du Périscope nomade s'offre au public à la Caserne Dalhousie dans une petite salle qui n'accepte qu'un nombre restreint de spectateurs. Le choix de l'emplacement fait que les comédiens se trouvent très près des spectateurs accentuant ainsi l'effet de proximité. Un choix judicieux pour ce spectacle de l'intime.

Alors que le triptyque débute avec l'histoire de Christian E., c'est lui qui conclut le troisième volet. La boucle de la triade est bouclée de superbe manière. En effet, c'est lui qui sonne la fin de la récréation d'une trilogie qu'il avait commencée seul. Un attendrissant moment en forme d'hommage à la Sagouine et à l'Acadie.

À découvrir
Un merveilleux voyage intérieur qu'il faut découvrir sans faute. Une incursion au coeur de l'amitié masculine, avec ses hauts et ses bas, qui frappe juste. Une belle façon de découvrir des artistes sans fard. Une aventure passionnante au coeur de l'humain version masculine.

Crédit photo: Louis-Philippe Chiasson
Allez-y surtout si vous aimez: les biographies de fiction, découvrir des hommes qui s'ouvrent, les deux premiers volets du triptyque acadien, les spectacles d'humour, les voyages intérieurs.

Au Périscope jusqu'au 31 mars. Avec Pierre Guy Blanchard, Christian Essiambre et Luc LeBlanc. Un texte et une idée originale de Philippe Soldevila, Christian Essiambre, Pierre Guy Blanchard et Luc LeBlanc. Une mise en scène et une direction de la création de Philippe Soldevila.

Bon théâtre et bonne danse!

jeudi 15 mars 2018

À la douleur que j'ai: fragile mise à nu

S'immiscer au plus profond de l'humain pour scruter la nature brute d'une émotion, n'est pas une tâche aisée. Virginie Brunelle et ses six interprètes proposent une belle aventure au coeur de la douleur, qu'elle soit amoureuse ou physique, de brillante façon. 

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Robin Pineda Gould
Synopsis (tiré du site web de la Compagnie Virginie Brunelle)
Virginie Brunelle «lève son verre» à cette émotion brute. Au travers de cette amère poésie, la chorégraphe s’interroge ici sur l’inachevé – sur ce qu’il peut rester entre deux personnes – et offre cette action soutenue qui se fige dans le temps comme un souvenir : la douleur. Marque, lien ou repère (in)temporel, elle permet de porter un regard sur le groupe, la famille comme sur soi-même. Et dans une société contemporaine nourrie à cette substance dangereuse, Virginie Brunelle prouve que la douleur peut aussi être un pont émotionnel, une source de rencontre entre ses six interprètes et son public, une de celles qui ne laissera pas indemne.

Une danse métamorphosée
Les gestes, les regards, les corps sont travaillés, sans doute grâce à la complicité de la dramaturge Stéphanie Jasmin. À la douleur que j'ai a un cachet théâtral et très mélodramatique. C'est une danse qui se métamorphose porteuse d'un langage à la fois dansé et théâtralisé.

C'est peut-être aussi ce qui donne une touche plus douce, moins brute, plus posée à cette oeuvre de Virginie Brunelle alors que les deux précédentes étaient, même si c'est toujours bien présent, plus physiques, plus athlétiques. Ici les pauses sont permises. Les arrêts complets même. L'espace d'un instant. D'un regard. D'un moment de tendresse ou de soulagement entre deux douleurs. Les arythmies sont le symbole de ces douleurs qui viennent et qui partent. Puis reviennent à nouveau.

Crédit photo: Robin Pineda Gould
Moments de grâce
Virginie Brunelle a un talent certain pour rabouter, mettre ensemble des chorégraphies disparates et en faire un tout cohérent. Et elle le réussit magnifiquement avec cet À la douleur que j'ai plein d'allants, de douces pauses et de moments de grâce.

Et ils sont nombreux ces instants qui séduisent. Chi Long, magnifique femme disloquée qui marche dans les airs, offre un des beaux moments de bonheur. Bernard Martin s'offre un duo fort athlétique aux performances époustouflantes en compagnie d'une des danseuses, duo qui se transforme en triangle amoureux avec Milan Panet-Gigon pour se terminer sur un duo amoureux où l'un semble dire je t'aime et l'autre moi non plus. 

Et que dire de cette ouverture avec un portrait de famille qui se déglingue et cette fermeture avec un duo enlacé dans un doux pas de deux alors qu'une danseuse se contorsionne au sol un peu plus loin. La douleur et la tendresse s'y côtoient pour former un tout compréhensible. Et offrir un véritable moment d'anthologie.

Crédit photo: Robin Pineda Gould
Fragile mise à nu 
À la douleur que j'ai est une fragile mise à nu de l'humain, une quête au coeur même de l'émotion. L'approche adoptée par Virginie Brunelle est osée, audacieuse. Mettre de la musique déjà teintée en présence d'émotions intimes à la connotation propre à chacun est de l'audace pure. Le résultat est surprenant et laisse le spectateur sur le cul.

Crédit photo: Robin Pineda Gould
À découvrir
À la douleur que j'ai est une oeuvre qui ne laisse pas indifférent. La Virginie Brunelle qu'on y découvre est une chorégraphe plus mature que dans les précédentes productions vues à Québec. Elle semble avoir trouvé sa voie. Moins brut, plus posé ce spectacle est une douce aventure au coeur de l'humain.

Allez-y surtout si vous aimez: la danse théâtralisée, les voyages intérieurs, les chorégraphies à la fois athlétiques et posées, l'esthétisme en danse, Virginie Brunelle tout simplement.

À La Rotonde jusqu'au 16 mars. Avec Isabelle Arcand, Sophie Breton, Claudine Hébert, Chi Long, Bernard Martin et Milan Panet-Gigon. Une chorégraphie de Virginie Brunelle.

Vous voulez en savoir plus sur le spectacle? Écoutez notre interview avec Virginie Brunelle ici (au tout début de l'émission du 12 mars).

Bon théâtre et bonne danse!

mercredi 14 mars 2018

Embrigadés: comprendre l'embrigadement

Sans être didactique, Embrigadés permet de mieux comprendre l'embrigadement dont sont victimes de trop nombreux jeunes occidentaux. Une intéressante déconstruction proposée par d'audacieux jeunes talents.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Cath Langlois
Trois chemins, un destin
Trois jeunes, trois chemins et un seul destin: celui de l'embrigadement. Nadia, Christophe et Marco sont retenus dans trois cellules voisines. Dans une langue crue et rythmée, ils détaillent les événements qui les ont menés jusque-là.

En partie inspiré de témoignages, le spectacle Embrigadés trace le portrait de trois jeunes qui côtoient l'extrême-droite, l'anarchisme et l'islamisme radical. Alors que leur monde ne semble promettre qu'une longue liste de compromis inacceptables, la violence s'offre comme la seule porte de sortie, le remède aux maux qui les affligent.

Une pièce qui s'intéresse à la mécanique d'un mal auquel succombe une partie de plus en plus importante de la jeunesse occidentale: celui de la radicalisation.

TOUS - J’ai rien fait de mal, c’était juste|
MARCO - Un esti de beau feu!
NADIA - Le soleil qui se lève.
MARCO - J’ai pris les moyens qu’il faut |
CHRISTOPHE - Pour la protéger |
MARCO - Pour nous protéger |
NADIA - Pour le retrouver. 

De seul à tous
Le spectacle Embrigadés démontre avec justesse le lent processus qui entraîne des jeunes pris d'un vague à l'âme dans un monde dans lequel ils ne se reconnaissent pas vers un paradis imaginaire où l'identité individuelle se confond avec celle du groupe. De seul et incompris, ils deviennent partie d'un tout plus grand qu'eux-mêmes. Ils ne sont plus seuls. Ils s'identifient enfin. Ils passent de seul à tous.

Crédit photo: Cath Langlois
La mécanique de la quête adolescente de l'absolu est bien démontrée par un trio de jeunes acteurs, également auteurs. La justesse du processus surprend. Le travail de recherche a été bien fait et s'exprime clairement, sans jugement dans cette production d'une heure vingt environ.

À la rencontre de jeunes embrigadés
La scénographie sobre, une scène en plan incliné avec une trappe en son centre et un écran en arrière-scène en constitue l'essentiel, laisse toute la place au texte. Choix judicieux qui permet de bien saisir l'évolution du processus de radicalisation et une véritable rencontre avec de jeunes embrigadés.

La performance du trio de jeunes auteurs et comédiens, si elle est quelque peu statique, mérite d'être souligné. Il y a bien quelques accrocs dans le texte, c'était soir de première, mais les performances sont dignes de mention. Les tics nerveux des comédiens, agaçants par moments, devraient s'effacer en cours de production.

Crédit photo: Cath Langlois
Les éclairages, magnifiques, contribuent au succès de la pièce. La mise en scène de Pascale Renaud-Hébert devra s'assurer que l'ensemble fasse un peu moins placé alors que le jeu ne semblait pas  tout à fait naturel. En corrigeant ce petit défaut, la rencontre avec ces jeunes pris dans une tourmente qui les fera chuter, n'en serait que plus poignante. Et la chute plus surprenante. La rencontre est tout de même très intéressante.

Le beau texte, écrit à six mains, propose une belle montée. Le déliement n'est pas celui attendu mais il manque d'un véritable punch qui riverait les spectateurs sur leur chaise. La puissance du texte réside dans son intérêt pour ce qui se passe dans la tête de ces jeunes. À ce qu'il y a derrière la radicalisation de surface. Une belle découverte de la transformation sous-jacente à cette métamorphose comportementale que les médias nous mettent sous le nez régulièrement sans toujours l'expliquer.

Crédit photo: Cath Langlois
Cette rencontre avec l'inexplicable est d'autant plus intéressante qu'elle est portée par des jeunes qui se questionnent et qui amènent cette réflexion sur scène sans porter de jugement. C'est la beauté de ce texte et de cette production.

Embrigadés nous rappelle qu'il ne suffit que d'un moment de vague à l'âme qui se prolonge un peu trop, pour que l'adolescent qui squatte notre divan sombre dans un faux paradis rempli de promesses idylliques. Et qu'on le perde à jamais!

Allez-y surtout si vous aimez: vivre par procuration, découvrir de jeunes talents, les textes de l'intime, les mises en scène épurées.

À Premier acte jusqu'au 31 mars. 
Avec Félix Delage-Laurin, Blanche Gionet-Lavigne et Vincent Massé-Gagné. Un texte de Félix Delage-Laurin, Blanche Gionet-Lavigne et Vincent Massé-Gagné. Une mise en scène de Pascale Renaud-Hébert.

Bon théâtre et bonne danse!

mardi 13 mars 2018

La sélection du moment: Les Fourberies de Scapin

La sélection du moment c’est une suggestion, une seule, d’un film ou d’un livre sur le théâtre ou la danse, d’un spectacle dansé ou théâtralisé ou encore d’un événement relié à un de ces deux arts que vous ne devez manquer sous aucun prétexte.

Par Robert Boisclair


Crédit photo: Yves Renaud
Les Fourberies de Scapin
Hymne à l'amour et à la jeunesse, Les Fourberies de Scapin propose un choc des générations entre deux pères ronchonneurs et bougons et deux fils impulsifs et irréfléchis avec, en prime, un valet dégourdi. La table est mise pour une désopilante comédie qui déridera même les plus tristes.

Crédit photo: Yves Renaud
Synopsis
À Naples, où se passe l’action, il y a deux spécialités : la pizza et les mauvais garçons. Octave et Léandre, deux fils de famille un rien empotés, se sont mis les pieds dans les plats avec des histoires d’amour pendant que leurs pères étaient en voyage d’affaires.

Or – panique ! – les papas sont de retour. Heureusement, Léandre a comme valet un repris de justice merveilleusement débrouillard nommé Scapin, qui passe à l’action : mensonges, escroquerie, intimidation, violence, rien n’est à son épreuve. Tout ce mal, évidemment, mènera au bien général, au triomphe de l’amour et à la prospérité des familles!

Le 19 mars à la Salle Albert-Rousseau
Un texte de Molière
Avec Simon Beaulé-BulmanMarie-Ève Beaulieu, Carol Bergeron, Benoît Brière,
Patrice Coquereau, David-Alexandre Després, Alain Lavallée, Sébastien René,
André Robitaille, Catherine Sénard et Tatiana Zinga Botao
Une mise en scène de Carl Béchard
Pour en savoir plus

Bon théâtre et bonne danse!

lundi 12 mars 2018

Danse et théâtre au menu

Le théâtre et la danse s'invitent pour parler d'amour et d'hommages. Une édition à découvrir dès 17h 30 à l'antenne de CKRL 89,1!

Par Robert Boisclair

Ne manquez pas demain matin dès 6h, note Sélection du moment ici même sur ce blogue. Au programme? Un comédie en forme d'hommage à la jeunesse et à l'amour!

Premier bloc - 17h 30
Crédit photo: Robin Pineda Gould
La chorégraphe Virginie Brunelle nous entretiendra en conversation téléphonique d'À la douleur que j'ai, spectacle hommage à la douleur.

À la douleur que j'ai
La Rotonde
Du 14 au 16 mars
En savoir plus

Deuxième bloc - vers 17h50
Crédit photo: Lise Dumais
Chantal Dupuis, comédienne, et Carol Cassistat, directeur artistique du Gros Mécano, seront en studio pour nous parler d'une magnifique ode à la vie, à l'amour et à la famille.

Mon petit prince
Les Gros Becs
Du 13 au 25 mars

Troisième bloc - vers 18h 10

David Lefebvre fera la critique d'Incendies, une grande histoire d'amour, qui tient l'affiche du Trident.

Incendies
Trident
Jusqu'au 31 mars
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Bon théâtre et bonne danse !

vendredi 9 mars 2018

Incendies: le temps de la colère, le temps de l'amour

Une des répliques de la pièce la résume bien: L'enfance est un couteau planté dans la gorge. On ne le retire pas facilement.  L'amour doit céder la place à la violence. Le temps de la colère doit céder le pas à celui de l'amour. C'est ce que propose le Trident avec ce texte magnifique de Wajdi Mouawad sur un passé qui rattrape le présent.

Une critique de Robert Boisclair


Plongée dans un passé traumatique
Incendies, c'est l'histoire d'une femme ayant vécue une guerre civile et religieuse. Elle vient de mourir et laisse à ses enfants un testament en forme de mission: remettre une lettre à un père qu'ils croyaient mort, une autre à un frère dont ils ignoraient l'existence. Une quête qui les lancera sur les traces de leur mère au Liban, pays qu'elle arpenta autrefois. Une recherche qui sera une véritable tragédie, un incendie qui les consumera entièrement.

Intrigue policière et maison maudite
Incendies est d'abord et avant tout, une enquête policière. Une intrigue mystérieuse où les indices se dévoilent lentement, tenant en haleine le spectateur. Le tout aboutira dans un déliement surprenant où un monstrueux secret de famille sera révélé.

Si l'enquête est bien mené, la livraison laisse perplexe. Incendies est une pièce à la diction particulière. Le texte en mode hargne, agace, dérange. L'émotion n'est pas au rendez-vous. Les comédiens ne semblent être que le réceptacle d'un texte, d'une parole à transmettre. Heureusement, l'émotion s'immisce au moment du dénouement. Lise Castonguay y livre une vibrante ode à l'amour. Cette portion du spectacle est immensément bouleversante. Un moment magique qu'une magnifique mise en scène sublime.

La scénographie composée d'un salmigondis d'objets hétéroclites suggèrent, sans la désigner explicitement, une zone de guerre. Cependant, le texte poétique mais dense de Mouawad est noyé par cet environnement encombré.

Théâtre de l'intime
Il y a des secrets, des incendies qui brûlent en chacun des protagonistes et Mouawad le souligne de brillante façon avec un texte de l'intime. C'est une des grandes forces de ce spectacle. Les incendies qui brûlent laissent des marques, des plaies ouvertes qu'il faut refermer. La colère cède sa place à l'amour. Le texte soulève des questions existentielles qui ne laissent pas indifférent, loin de là.

Incendies n'est pas une pièce sur la guerre, à proprement parlé.
C'est une pièce sur les promesses qu'on ne tient pas,
sur les tentatives désespérées de consolation,
(...) sur la façon de rester humain dans un contexte inhumain.
Wajdi Mouawad

Allez-y surtout si vous aimez: les dénouements qui jettent à terre, les textes de l'intime, les intrigues mystérieuses.

Au Trident jusqu'au 31 mars. 
Avec Charles-Étienne Beaulne, Lise Castonguay, Gabriel Fournier, Marie-Hélène Gendreau, Véronika Makdissi-Warren, Dayne Simard, Jean-Sébastien Ouellet, Nathalie Séguin, Réjean Vallée et Sarah Villeneuve-Desjardins. Un texte de Wajdi Mouawad. Une mise en scène de Marie-Josée Bastien.

Bon théâtre et bonne danse!

mardi 6 mars 2018

La Sélection du moment: Une bête sur la lune

La sélection du moment c’est une suggestion, une seule, d’un film ou d’un livre sur le théâtre ou la danse, d’un spectacle dansé ou théâtralisé ou encore d’un événement relié à un de ces deux arts que vous ne devez manquer sous aucun prétexte.

Par Robert Boisclair


Crédit photo: Nicola-Frank Vachon
Une bête sur la lune
Un titre étonnant, une pièce émouvante. Un spectacle qui ne laisse pas indifférent. Une histoire de reconstruction en terre nouvelle mais d'abord et avant tout une aventure humaine. La rencontre d'êtres humains à la recherche de véritables contacts. Une grande dose d'amour.

Inspirée d'une histoire vraie, celle de la famille de la femme de l'auteur, la pièce offre de beaux moments, dont deux anthologiques. Un pur moment de grâce!

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon
Synopsis
Nous sommes en 1921 aux États-Unis dans le Wisconsin où Aram Thomassian est photographe. Il a survécu miraculeusement au génocide arménien. Il a choisi, sur photo, une jeune épouse, Seta, elle aussi survivante du massacre.

Me voilà à Milwaukee, je vais vivre en Amérique. C’était pas dans le plan.

L'univers d'Aram tourne autour d'une photo, celle de sa famille dont les têtes sont découpées, et d'un espoir, celui de fonder une famille. Quand Seta le rejoint, elle ne comprend pas ce mari emmuré dans une gravité qu'elle a de la difficulté à percer. Lui ne perçoit pas la terreur qui habite cette jeune femme au discours incessant. Il veut des enfants. Elle est stérile. Le temps des épreuves douloureuses et des espoirs déçus s'amorcent.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon
Jusqu'au 24 mars à La Bordée
Un texte de Richard Kalinoski dans une traduction de Daniel Loayza
et une adaptation d'Amélie Bergeron
Avec Mustapha AramisAriane Bellavance-Fafard, Rosalie Daoust et Jack Robitaille
Une mise en scène d'Amélie Bergeron
Pour en savoir plus et pour découvrir notre commentaire critique

Bon théâtre et bonne danse!

lundi 5 mars 2018

Première mondiale et doublé de critiques

Ne reculant devant rien Les Enfants du paradis vous offrent une première mondiale avec les trois distributions complètes de spectacles présentés à Québec réunis dans un seul studio. En prime, un doublé de critiques en compagnie de nos chroniqueurs en résidence. C'est à découvrir dès 17h 30 à l'antenne de CKRL 89,1!

Par Robert Boisclair


Ne manquez pas demain matin dès 6h, note Sélection du moment ici même sur ce blogue. Que vous réserve-t-elle? Un titre étonnant, une pièce émouvante!

Premier bloc - 17h 30
Crédit photo: Louis-Philippe Chiasson
En grande première mondiale trois distributions dans un seul studio de radio pour venir parler d'un seul spectacle. Comment est-ce possible? Pour le savoir, venez écouter Philippe Soldevila, Christian Essiambre, Pierre Guy Blanchard et Luc LeBlanc qui vous parleront de L'incroyable légèreté de Luc L. et d'un triptyque de spectacles dont ils sont les protagonistes.

L'incroyable légèreté de Luc L.
Périscope
Du 13 au 31 mars
En savoir plus

Deuxième bloc - vers 17h50
Crédit photo: Nicola-Frank Vachon
David Lefebvre sera en studio pour nous offrir son commentaire critique d'Une bête sur la lune.

Une bête sur la lune
La Bordée
Jusqu'au 24 mars

Troisième bloc - vers 18h 10
Crédit photo: Andrée-Anne Brunet
Camille Proust et Éve Méquignon feront la critique d'un spectacle audacieux où un pénis géant discute avec son propriétaire.

Conversation avec mon pénis
Premier acte
En savoir plus

Bon théâtre et bonne danse !

samedi 3 mars 2018

Une bête sur la lune: la photo de l'espoir

Quitter les horreurs de la guerre pour une patrie remplie de promesses n'est pas synonyme d'un bonheur assuré. La délivrance peut passer par un temps d'épreuves douloureuses et d'espoirs déçus.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon
La photo de l'espoir
Nous sommes en 1921 aux États-Unis dans le Wisconsin où Aram Thomassian est photographe. Il a survécu miraculeusement au génocide arménien. Il a choisi, sur photo, une jeune épouse, Seta, elle aussi survivante du massacre.

L'univers d'Aram tourne autour d'une photo, celle de sa famille dont les têtes sont découpées, et d'un espoir, celui de fonder une famille. Quand Seta le rejoint, elle ne comprend pas ce mari emmuré dans une gravité qu'elle a de la difficulté à percer. Lui ne perçoit pas la terreur qui habite cette jeune femme au discours incessant. Il veut des enfants. Elle est stérile. Le temps des épreuves douloureuses et des espoirs déçus s'amorcent.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon
Une vie en suspens
En entrant dans la salle, le spectateur découvre un intérieur sobre: une table, quelques chaises, des cloisons pour délimiter les autres pièces de la maisonnée, un meuble sur lequel trône une photo aux têtes décapitées, un appareil photo sur trépied. À l'avant-scène du côté cour, un espace sablonneux meublé de quelques objets épars. Vestiges du passé.

L'appartement d'Aram est suspendu dans le temps. L'enfance que la guerre lui a volée prend toute la place. La vie s'est arrêtée lorsque la famille d'Aram s'est éteinte. L'espoir d'une famille reconstituée ne pourra se faire qu'avec l'arrivée de Seta. Mais elle est stérile. Son rêve inassouvi, Aram devient un mort-vivant. Son espoir de remplir les cases vides de la famille éteinte n'est plus. Il met sa vie sur pause. Elle a de la difficulté à l'accepter. Elle voudrait vivre son rêve d'être heureuse. D'être vivante à nouveau. Jusqu'au jour où...

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon
La mise en scène tout en délicatesse d'Amélie Bergeron met judicieusement de l'avant le sous-texte principal du sublime texte de Kalinoski: la possibilité d'un vrai contact entre êtres humains. Car c'est bien de ça qu'il est question ici. Comme le mentionnait Irina Brook dans sa mise en scène parisienne « cette pièce a quelque chose d'universel et d'indémodable. » Elle va directement au coeur. Au-delà de cette histoire tragique d'exilés en mode reconstruction, c'est la rencontre d'êtres humains qui cherchent un véritable contact. Ce besoin viscéral d'être en relation sincère avec l'autre. D'aimer et d'être aimé.

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon
Le texte génial de Kalinoski et la mise en scène astucieuse d'Amélie Bergeron offrent des moments touchants et d'une tendresse infinie. Il fallait entendre les silences dans la salle tout le long de cette magnifique pièce. Rarement ai-je entendu une salle aussi silencieuse et à l'écoute. Les larmes perlaient, les souffles étaient coupés, l'atteinte au coeur totale.

Le succès de cette pièce ne serait pas possible sans les performances inoubliables de Mustapha Aramis (Aram) et Ariane Bellavance-Fafard (Seta). La scène de la franchise vaut à elle seule le déplacement. Moment le plus touchant et humain d'Une bête sur la lune.

Ariane Bellavance-Fafard réussit une superbe métamorphose passant d'une adolescente volubile mais apeurée, souriante et soumise à une femme affirmée et décidée à connaître le bonheur. Mustapha Aramis a le ton juste se promenant allègrement entre l'homme taciturne et refermé sur lui-même et le maladroit qui ouvre des portes à un amour qu'il tente d'enfouir au plus profond de lui-même parce qu'il n'est pas conforme au plan prévu.

Ce duo de choc, espérons qu'ils reviendront régulièrement sur les planches des théâtres de Québec, est bien supporté par une Rosalie Daoust d'un naturel désarmant dans le rôle d'un jeune garçon et un Jack Robitaille, solide comme toujours.

Photo de famille
Le spectacle se conclue sur une scène d'une très grande simplicité. Ne retenez que ceci: la photo de famille constitue une icône centrale de cette pièce. Elle reviendra donc hanter Aram... ou peut-être pas!

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon
Une bête sur la lune est à voir absolument. On en ressort chambouler mais pour le mieux. Un spectacle qui nous rassure sur la nature humaine. Une lueur d'espoir dans ce monde qui manque, trop souvent, d'humanité.

Allez-y surtout si vous aimez: les thèmes traités avec délicatesse, les pièces qui vont droit au coeur, les spectacles qui marquent, les chants d'espoir, découvrir des nouveaux talents.

À La Bordée jusqu'au 24 mars. 
Avec Mustapha Aramis, Ariane Bellavance-Fafard, Rosalie Daoust et Jack Robitaille. Un texte de Richard Kalinoski dans une traduction de Daniel Loayza et une adaptation d'Amélie Bergeron. Une mise en scène d'Amélie Bergeron.

Bon théâtre et bonne danse!