21 avril 2016

Qui a peur de Virginia Woolf?: d'amour et de haine

Hugues Frenette met en scène la célèbre pièce d'Edward Albee à la Bordée.  Un magnifique jeu de massacre conjugal à découvrir jusqu'au 7 mai.

Une critique de Robert Boisclair


«Si tu ne hurles pas personne ne croira que tu as mal.» - Montherlant


Qui a peur de Virginia Woolf? est une histoire de vengeance habile d'une très grande cruauté qui met au prise un couple désabusé et en crise. À deux heures du matin, après une réception universitaire bien arrosée, George et Martha invitent un jeune couple, Nick et Honey, à venir terminer la soirée chez eux. George et Martha se livrent alors à une scène de ménage impitoyable, et Nick et Honey se retrouvent impliqués dans un jeu cruel et pervers dont ils ne connaissent pas les règles, un jeu dont le but semble être la domination et l’humiliation de l’autre.

Jeu de massacre conjugal 
Une fin de soirée qui s'annonce somme toute banale, tourne rapidement au vinaigre quand Martha et George décide de régler quelques comptes. L'ambiance dégénère rapidement. Et le couple en vient rapidement aux coups les plus bas. Le texte, dur, propose une image du couple qui n'est pas très rose. Malgré la dureté du propos, l'auteur et le metteur en scène glisse quelques boutades ici et là. Ce qui, heureusement, libère de la tension.

Il y règne, tout de même, une atmosphère lourde et suffocante amplifiée par la mise en scène juste de Hugues Frenette et le jeu des virtuoses qui s'exécutent sur scène. Lorraine Côté est fascinante de vulgarité et de vulnérabilité alors que Normand Bissonnette laisse transparaître des failles sous la colère.

George et Martha deviennent, au cours de cette nuit qui n'en finit pas, des fauves menaçants. Les blessures mal cicatrisées de frustrations ressassées remontent à la surface rapidement. Les mots constituent alors les soldats d'un champs de bataille qui se transforme en un magnifique jeu de massacre conjugal.

Le talent déployé par l'ensemble des artistes et artisans contribue à créer une ambiance délétère extrêmement prenante. L'éclairage de Sonoyo Nishikawa, le décor de Michel Gauthier, les costumes de Julie Levesque et la musique d'Yves Dubois créent une ambiance propice à ce jeu de massacre.

Si le thèmes ne sont pas des plus joyeux, ils n'en sont, parfois, que trop réels: hypocrisies conjugales, violences psychologique et morale entre époux et mesquineries. Un véritable moment de réflexion sur le couple et la vie de couple.

Magnifique
Un magnifique spectacle à voir avant qu'il ne soit trop tard. Vous avez jusqu'au 7 mai pour en profiter. Après, il sera trop tard!

À la Bordée jusqu'au 7 mai. Avec Normand Bissonnette, Lorraine Côté, Élodie Grenier et André Robillard. Un texte d'Edward Albee dans une traduction de Michel Tremblay. Une mise en scène d'Hugues Frenette.

Pour en savoir plus sur ce spectacle, consultez notre interview avec Normand Bissonnette au tout début de l'émission du 4 avril en cliquant ici.

Bon théâtre et bonne danse !

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