15 avril 2015

Usages: passages à vide

Le regard des autres. Le poids de ce regard qui nous influence. Celui qui mène à s'oublier. À plier. À combler le vide de sa vie.

Une critique de Robert Boisclair

Usages en répétition

C'est sans aucun doute le thème sous-jacent de cette pièce, l'influence du regard des autres sur nos gestes. Surtout dans un bar, un soir de grande solitude. Le spectateur est plongé dans l'univers de trois jeunes de la fin vingtaine qui succombent à l'appel des considérations superficielles, des apparences et du regard des autres. Par dessus bord les valeurs profondes et bonjour la superficialité.

Kevin, interprété par Simon Lepage, qui est amoureux fou de la blonde de son meilleur ami qui la trompe avec chaque jupon qui passe, Olivier, qu'interprète Marc Auger Gosselin, qui est un rat de bibliothèque grand amateur de jeux en ligne et Michelle, incarnée par Monika Pilon, qui rêve d'être une séductrice, se retrouvent dans un bar dans l'espoir d'avoir la soirée de leur vie. Ce ne sera pas le cas, eux qui sont dans un univers dont ils ne contrôlent pas les codes et qui ne leur ressemble pas.

Le paraître est roi
Dans l'univers de ces trois jeunes adultes, le paraître est roi. La superficialité domine. Et leur mal-être est gage d'une soirée d'enfer. L'univers de ces jeune est plutôt déprimant. Heureusement que l'auteur, Amélie Bergeron, y saupoudre de l'humour. Son portrait de l'univers des jeunes de la fin vingtaine est sans aucun doute fort juste. Les réactions des jeunes adultes, lors de la première hier soir, semblent bien le démontrer. Ils s'y reconnaissaient aisément. Riaient de bon coeur aussi.

Le texte, constitué essentiellement de monologues, transmettait fort bien l'absence de communication directe que vive les personnages. Car si le paraître est important dans la vie de ces jeunes. Le manque de communication l'est tout autant. Absence de communication, importance du paraître et mal-être donnent une image bien sombre de cette génération, impression que le dénouement vient renforcer.

Mise en scène épurée
La mise en scène épurée est tout à fait dans le ton. Une piste de danse et trois portes de toilettes sont les seuls décors et accessoires de la pièce. Toute la place est laissée au texte et aux acteurs qui se débrouillent fort bien. Trois personnages bien campés, bien interprétés. Seuls quelques moments de nervosité qui disparaitront rapidement se sont glissés dans l'interprétation.

La mise en scène fait appel souvent à des interactions avec le public. Il est pris à partie à plusieurs reprises et interpellé régulièrement. La scène est d'ailleurs très près des spectateurs. Plus de quatrième mur. Le spectateur est dans le bar avec les trois protagonistes. Il participe à cette soirée comme s'il y était. Il y joint sa solitude à celle de ces jeunes.

Des performances qui exigent une attention de tous les instants. Les monologues se superposent, s'entrecoupent et sont régulièrement interprétés en choeur à deux ou à trois. Ce qui n'est pas toujours facile. Mais ils ne ratent pas le coche une seule fois.

Un portrait juste
Un portrait juste de jeunes qui vivent un passage à vide. Soumis au regard des autres, ils sombrent et tombent pour se relever, on l'espère, et prendre leur destin en main. Une plume qui vise juste, des acteurs qui offrent de belles performances et une scénographie épurée donnent un spectacle qui ne laisse pas indifférent et permet de mieux comprendre ces jeunes presque trentenaires.

À Premier acte jusqu'au 2 mai. Avec Marc Auger Gosselin, Simon Lepage et Monika Pilon. Un texte et une mise en scène d'Amélie Bergeron.

Bon théâtre et bonne danse !

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