12 novembre 2016

Les bons débarras: pas tout à fait réussi

Transposer sur scène un des meilleurs films québécois n'est pas une mince tâche. Frédéric Dubois, l'expert scénique de l'oeuvre ducharmienne, s'est lancé dans l'aventure avec Les bons débarras. Pari réussi? Pas tout à fait.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Hélène Bouffard

Michelle (Érika Gagnon) est une mère de famille qui ne sait guère où donner de la tête entre l'alcoolisme et la déficience intellectuelle légère de son frère Guy (Nicola-Frank Vachon) et les crises existentielles de sa jeune fille de 14 ans, Manon (Léa Deschamps, le soir de notre présence au théâtre, alors que deux comédiennes alternent le rôle), qui ne vit que pour conserver pour elle seule l'amour de sa mère. Une famille quelque peu dysfonctionnelle qui survit grâce au bois qu'ils bûchent, cordent et vendent au plus offrant.

C’est l’histoire de quelqu’un qui, pour être certain d’avoir toute l’attention et tout l’amour de sa mère, va se débarrasser de tout ce qu’elle peut enlever autour d’elle. Tout est dans le ­titre.
Frédéric Dubois dans une interview au Journal de Québec

La pièce tourne autour de la jeune Manon qui cherche à tout prix l'attention de sa mère en utilisant tout les moyens à sa disposition. Elle fuit son quotidien par la lecture des Hauts de Hurlevent d'Émilie Brontë et la création d'un univers de rêve où n'existe qu'elle et sa mère, baignant toutes les deux dans un amour infini.

Pas tout à fait réussi
Frédéric Dubois a fait le pari du vide sur scène pour laisser toute la place au texte. Il propose donc une scénographie épurée: un écran en fond de scène et une immense corde de bois devant laquelle trône une niche et un chien. Si le pari de laisser toute la place au texte, magnifique par ailleurs, est réussi, il y un envers à cette médaille. Les bons débarras, texte intimiste par excellence, manque justement d'intimité.

Les comédiens se retrouvent au devant d'une immense scène où ils doivent faire passer cette intimité, et l'émotion qui l'accompagne, dans un espace vide. Du coup, la relation quasi-fusionnelle de la fille avec la mère et les efforts de la mère pour garder unie cette famille atypique et dysfonctionnelle se perdent dans l'immensité de la scène. Les moments d'intimité, d'amour, de fraternité ne se rendent pas jusqu'à la salle. Un effet de vide amplifié par une sous-utilisation de l'écran d'arrière-scène. Il ne sert que très peu et est plutôt dérangeant, distrayant à quelques reprises le spectateur de l'action.

Certaines conventions, bien qu'intéressantes puisqu'elles font référence au monde de l'enfance de Manon, prennent du temps à être décodé par le spectateur. Ainsi, les déplacements en automobile qui sont mimés alors que le conducteur prend le passager sur son dos ne sont décodés que bien tardivement. De même, ces changements de scène qui se font à vue alors que les personnages de la scène suivante attendent en périphérie de l'action principale, questionnent le spectateur pendant de longues minutes. Soulignons les magnifiques éclairages de Denis Guérette qui enrobe le spectacle d'une magnifique aura.

Même si l'ensemble de la distribution se lance dans l'aventure avec un bel aplomb, les personnages n'offrent pas toute la fougue requise. La Michelle d'Érika Gagnon manque d'aplomb pour une chef de clan alors que le Guy de Nicola-Frank Vachon frise parfois la caricature avec un personnage plutôt unidimensionnel. La jeune Léa Deschamps se tire plutôt bien d'affaire dans le rôle principal. Une belle découverte.

À l'affiche du Trident jusqu'au 26 novembre. Avec Lise Castonguay, Érika Gagnon, Léa Deschamps et Clara-Ève Desmeules (en alternance), Nicolas Létourneau, Steven Lee Potvin, Vincent Roy et Nicola-Frank Vachon. Un scénario original de Réjean Ducharme adapté et mis en scène par Frédéric Dubois.

Bon théâtre et bonne danse !

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