27 janvier 2017

Data: le corps magnifié!

Un homme seul, ou presque, au milieu d'un vaste espace blanc et tout près d'une structure rocheuse, offre son corps au regard de spectateurs éblouis par la grâce proposée. Moments intimes et gracieux!

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Marilène Bastien

Dans une scénographie épurée où s’érige un monolithe métallisé, Manuel Roque convoque une rencontre des forces telluriques et cosmiques à même son corps, berceau d’un nouveau territoire à explorer, d’une cartographie poétique à réinventer. Irradiés par un souffle de vie et une respiration abdominale profonde, muscles, tendons, os et articulations sont intensément sollicités en un tout organique et viscéral.

Au son du Requiem de Fauré, l’interprète époustouflant de virtuosité nous conduit au firmament d’une danse puissante parfaitement maîtrisée, le temps d’un voyage contemplatif. Data a été reconnue en Europe et au Canada comme étant une œuvre captivante à la beauté pleinement assumée. De ce solo d’une maturité remarquable émerge une signature chorégraphique unique.

Crédit photo: Marilène Bastien

Lorsque le spectateur se pointe, la scène est dénudée ou presque. Au centre du vaste espace noir se trouve un tapis blanc neige occupé uniquement d'une structure en forme de rocher recouvert d'un habillage métallique aux airs futuristes. Les lumières se tamisent puis se rallument. L'homme, le danseur, est là. Il s'agite doucement, se contorsionne au son du Requiem de Fauré. Moment de grâce. Ce début de spectacle figure parmi les plus beaux moments de ce Data au titre quelque peu anachronique. C'est la découverte d'un corps aux multiples formes. Manuel Roque réussit le tour de force de sculpter, transformer, disloquer, remodeler le haut de son corps de magnifique manière.

De la poésie sculpturale
La gestuelle qu'a développé Manuel Roque est unique. Rarement a-t-on vu une transformation de ce type. Il se dégage de l'ensemble de ce spectacle une poésie qui transcende le corps, une poésie sculpturale qui séduit et charme. C'est magnifique! Manuel Roque a su éviter le piège de l'exercice de style en dosant savamment ses gestes. Les offrants au public comme un objet précieux.

Crédit photo: Marilène Bastien

L'étrange objet trônant à la gauche de la scène offre une belle opposition. La petitesse de l'homme face à cette structure en forme de rocher et aux allures futuristes ainsi que l'immobilisme de la structure qui contraste avec le mouvement, le déplacement du danseur. Mais en même temps, il y a une sorte de mimétisme comme si le danseur en transformant son corps, l'effaçant presque, tentait d'imiter la forme de cette structure plus ou moins rocher. Un corps rocher et un rocher corps.

Même s'il s'en défend, Data est une sorte de chorégraphie totale intégrant, tout en transformant complètement, son passé circassien et de danseur pour Marie Chouinard. On prend plaisir à y trouver des références ici et là. À admirer le travail d'intégration et de transformation. À découvrir ce qu'il en a fait. À admirer ce nouvel art qu'il a créé.

Si vous aimez la danse que se réinvente, investissez le Musée national des beaux-arts ce soir avant que le spectacle ne quitte Québec pour d'autres cieux.

Vous voulez en savoir plus? Écoutez notre interview avec Manuel Roque vers la vingtième minutes de l'émission du 23 janvier.

À l'affiche de La Rotonde au Musée national des beaux-arts du Québec pour une dernière représentation ce soir. Une chorégraphie de et avec Manuel Roque.

Bon théâtre et bonne danse !

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