7 novembre 2014

Vania: amer passage du temps

Un Vania d'une grande beauté visuelle occupe la scène du Trident jusqu'au 29 novembre. Retour sur un soir de première!

Une critique de Robert Boisclair


La scène est à la campagne dans la propriété de Sonia, fille du premier lit d'un professeur à la retraite. Elle administre le domaine avec Vania, son oncle. La mère de Vania, grande admiratrice du professeur, vit également avec eux. Sérébriakov, le professeur, vient d’arriver pour sa retraite à la propriété avec sa seconde épouse, la jeune et belle Éléna. Gravite autour de ces protogonistes, Astrov, médecin, homme des bois passionné par la protection et l’entretien de la forêt et quelques autres comparses.

Vania qui a consacré sa vie à administrer le domaine du professeur se rend compte tout à coup du vide de sa vie. À 47 ans, il acquiert la certitude qu’il a gâché sa vie. Est-il possible de repartir sur de nouvelles bases? Il voudrait y croire. Ce serait peut-être possible si Éléna répondait à son amour. Mais la jeune femme, d’abord fidèle à son vieux mari, répondrait plutôt à la flamme du beau médecin, avant de choisir de rester seule et de travailler à sa propre émancipation. De son côté, Astrov est follement aimé de Sonia, mais il ne la voit même pas, malgré des avances sans équivoque… Chacun restera donc seul, à contempler le vide de sa vie. À ne rien faire. Ou si peu. Désirs à fleur de peau, frustrations enfouies et l'attente, toujours l'attente, meublent le quotidien des personnages. Le désir de vivre, quant à lui, n'est plus vraiment présent.

Une pièce aux discours amers enrobés d'une fine couche de comédie. Heureusement. Sans cette touche d'humour, le déclin de ces êtres au destin effacé serait bien ennuyant. Car ils s'enfoncent. Jusqu'à enterrer leurs désirs inassouvis ou ne pas les réaliser. Ils sont dans l'attente. Comme le spectateur qui espère qu'ils prendront leur destin en main au lieu laisser le temps filer... lentement.

La traduction de Marie Gignac et Tania Presnyakova utilise un langage bien contemporain, plus proche de notre langue alors que les traductions habituelles sont plus littéraires. Un choix judicieux qui permet au spectateur de se rapprocher des personnages et de s'y identifier plus facilement. La mise en scène sobre de Marie Gignac sert bien le texte. Les comédiens sont excellents. Les écorchés de Vania sont servis au diapason d'une mise en scène réussie.

Un spectacle d'une grande sobriété visuelle. À droite de la scène, l'entrée du chalet. Au centre, une table et quelques chaises. À gauche, des transats en bois. Derrière, trois écrans projetant des images de la forêt environnante. Une grande sobriété pour une grande solitude. Pour le vide existentielle des protagonistes.

Un spectacle d'une grande beauté visuelle également. Un éclairage vif par moments. Des images de forêt qui changent au gré des saisons. Cette grande beauté visuelle contraste admirablement avec le déséquilibre de personnages tous plus ou moins engagés sur une pente fatale.

Des êtres amers dans l'attente de jours meilleurs s'offrent à vous au Trident pour encore quelques semaines. Un spectacle à voir pour découvrir ces écorchés remplis d'amertume dans une mise en scène lumineuse et réussie.

En représentation au Trident jusqu'au 29 novembre. Avec Véronique Aubut, Normand Bissonnette, Hugues Frenette, Jacques Leblanc, Jean-Sébastien Ouellette, Claudiane Ruelland, Denise Verville et Alexandrine Warren. Une mise en scène de Marie Gignac. Un texte d'Anton Tchekhov dans une traduction de Marie Gignac et Tania Presnyakova.

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant notre interview avec Hugues Frenette (vers la vingtième minute de l'émission du 27 octobre).

Bon théâtre et bonne danse !

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