9 octobre 2014

Effets secondaires: du questionnement de l'amour

Les effets secondaires que laissent supposer le titre de la pièce ne sont peut-être pas ceux que vous imaginer. Une chose est certaine, Effets secondaires, que présente le Périscope, ne vous décevra pas car le spectacle vaut le déplacement.

Une critique de Robert Boisclair

Crédit photo: Suzane O'Neill

Ils sont jeunes, ils sont beaux et ils testent des médicaments. Elle, Constance, la terre-à-terre légèrement coincée, et lui, Tristan, le rêveur qui profite de chaque minute qui passe, ne se connaissent pas. Ils se rencontrent alors qu'ils testent un antidépresseur dans un centre de recherche où ils sont confinés. Rapidement, ils développent une attirance l'un pour l'autre. Sentiment amoureux réel ou effet secondaire de la médication? C'est aussi la question que se posent les deux chercheurs responsables de l'étude. Deux couples, deux questionnements, deux réponses?

Les cobayes se questionnent sur l'amour alors que les chercheurs se questionnent sur l'éthique et, surtout, sur les effets que peut, ou pas, avoir la médication sur les cobayes. Un double questionnement qui tourne toujours autour de l'amour. Amour qui meuble les univers des deux couples qui en sont à des stades différents de la relation amoureuse.

Questionnement vital s'il en est un! Qu'est-ce que l'amour? Une réaction chimique ou quelque chose de plus complexe? L'auteur, Lucy Prebble, ne donne pas de réponse mais suggère des pistes qu'elle étaye tout au long de la pièce. Il y a bien aussi un autre questionnement sous-jacent, quoique plus discret, celui de l'éthique pharmaceutique et la connaissance ou la méconnaissance du cerveau humain. Mais tout cela n'est que secondaire et disparaît derrière la question de fond.

Lucy Prebble, et la traduction de Maxime Allen, entraîne le spectateur de brillante manière dans ce débat qui fait encore rage lorsque l'on quitte la scène. Chacun y trouve sa réponse ou pas. Mais au fond, ce qui est important c'est d'aimer. À sa manière. Follement ou tendrement mais d'aimer.

Après un décollage en douceur en début de pièce, le rythme prend son envol et le spectateur se prend d'affection pour les personnages qui lui sont offerts. Quatre beaux personnages bien définis et interprétés de belles manières par les comédiens. De belles envolées merveilleusement bien senties, sauf peut-être au tout début de la pièce, un jeu bien maîtrisé et une belle chimie entre les comédiens, qui forment deux couples sur scène, font de ce spectacle un véritable délice.

Les personnages évoluent dans le décor plutôt froid et impersonnel d'un centre de recherche. Sage décision du scénographe et du metteur en scène qui mettent ainsi en évidence l'opposition entre la science et l'émotion. Le questionnement sur les fondements du désir amoureux n'en est que plus évident pour le spectateur. La mise en scène conventionnelle de Michel Nadeau laisse toute la place au texte. Une autre décision judicieuse de l'équipe de production.

De magnifiques performances et une mise en scène simple mais efficace font de ce spectacle un spectacle à voir.

En représentation au Périscope jusqu'au 25 octobre. Avec Sylvie De Morais, Véronika Makdissi-Warren, Jean-Sébastien Ouellette et Étienne Pilon. Une mise en scène de Michel Nadeau. Un texte de Lucy Prebble. Une traduction de Maxime Allen.

Apprenez en plus sur ce spectacle en écoutant notre interview avec Michel Nadeau (au tout début de l'émission du 29 septembre) ainsi qu'avec notre Trois questions à... Michel Nadeau.

Bon théâtre et bonne danse !

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